Entre les dons, les recettes des ventes et la hausse des abonnements, Charlie Hebdo a récolté près de 30 millions d’euros depuis l’attentat de janvier. Mais tous ces millions créent des tensions au sein de la rédaction.

Alors que Charlie Hebdo traversait une crise économique avant les attentats en raison de la diminution des ventes, le journal satirique a depuis recueilli environ 30 millions d’euros grâce aux dons, aux recettes des ventes et à l’augmentation des abonnés. 11 salariés de Charlie Hebdo réclament à la direction un statut "d’actionnaires salariés à parts égales", ont signalé  les collaborateurs du journal satirique. Jusqu’à présent, l'hebdomadaire est détenu à 40% par les parents de Charb, à 40% par le dessinateur Riss qui est le nouveau directeur de la publication et à 20% par Eric Portheault, le directeur général, rapporte FranceTVinfo.

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"Laurent Léger (un journaliste de Charlie Hebdo) a annoncé mercredi en conférence de rédaction avoir créé un collectif pour ouvrir des négociations sur une répartition égalitaire du capital", a déclaré à l’AFP l’un des avocats du journal, représentant de la direction. Dans un e-mail, Laurent léger annonce que ce collectif est composé en plus de lui de dix collaborateurs, dont l’urgentiste Patrick Pelloux et le dessinateur Luz. Ce collectif a engagé deux avocats, Antoine Comte et Stéphane Servant.

"Nous prenons acte des souhaits des salariés d'être associés à la vie du journal. Mais nous sommes très loin de la réflexion sur l'actionnariat", a indiqué l'avocat de l'hebdomadaire, ajoutant que les dirigeants étaient "navrés" de cette initiative. "Riss est encore à l'hôpital, les parts de Charb sont gelées par la succession. Tout cet argent fait plus de mal que de bien. Cela fait penser à ces enterrements où on se bat déjà en revenant du cimetière pour les bijoux de la grand-mère", a-t-il estimé.

Un cadeau empoisonné

Contacté par l’AFP, Patrick Pelloux a déclaré pour sa part : "Pour le moment, on n'est pas associé aux choix. Il n'y a rien contre la direction actuelle, aucun conflit avec qui que ce soit, mais par rapport à ce qui s'est passé, les salariés veulent être davantage acteurs de l'entreprise". "A partir du moment où une entreprise est décimée, vous vous sentez complétement liés à elle", a-t-il confié avant de poursuivre : "Il ne s'agit pas de se partager le gâteau. L'argent ne nous intéresse pas". L’AFP est parvenue à joindre Laurent léger qui a simplement précisé qu'il s'agissait de "discussions internes au journal".

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Certains membres de Charlie Hebdo voient cette somme d’argent comme une malédiction. Riss avait ainsi déclaré aux Inrocks: "on serait plus tranquille si on ne l’avait pas". Patrick Pelloux considérait dans un reportage du Monde que "c’est un cauchemar, ces millions ça peut nous tuer".

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