L’anarchie, c’est maintenant

 Et si, par la force des choses, nous étions malgré nous anarchistes ? Les alternatives citoyennes à l’économie traditionnelles nous donnent quelques indications.

L’anarchisme peut faire peur. Associé à la violence et au vandalisme, il est souvent porté par des groupes d’excités toujours prêts à en découdre avec l’autorité. Faisant de la destruction des symboles du pouvoir une fin en soi, l’anarchiste n’aurait d’autre but que le saccage systématique d’un ordre public par définition injuste.

Vraie pour une part, cette représentation de l’anarchisme doit toutefois être rectifiée. Oui, l’anarchisme combat le pouvoir politique, même démocratique, en y voyant l’expression d’une domination sociale dont les plus faibles font les frais. Un gouvernement central au service de l’intérêt général ? De la poudre aux yeux pour les fondateurs de l’anarchisme au dix-neuvième siècle et pour leurs héritiers actuels. Non, l’anarchisme ne voit pas dans la violence une fin en soi. Au contraire, elle peut être évitée lorsque la société civile prend les choses en main. L’anarchiste est un éternel optimiste.

Première cible du combat anarchiste : l’économie capitaliste qui gangrène la société dans son ensemble. Capitalisme effréné rime avec oppression institutionnelle, injustice légalisée, misère en expansion. Pourtant l’anarchiste n’y voit pas une fatalité. A la façon d’un mouvement à bascule, le capitalisme peut faire levier aux initiatives collectives et  aux mouvements d’entraides. Pour sortir à terme d’une logique dévastatrice pour des millions de gens qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts.

Expression à la mode, "l’alternative citoyenne" signe aujourd’hui l’élaboration d’une économie parallèle où des valeurs chères à l’anarchisme reprennent vie. Solidarité et partage trouvent désormais leur place sur les sites de covoiturage à petits prix, d’échanges d’appartements entre particuliers, d’investissements collaboratifs autour de projets rejetés par les banques. Le tout accompagné de la (re)naissance d’un lien social retissé par la force des choses, d’un contre-pouvoir pas si éloigné d’un esprit anarchiste trop souvent dénaturé.