Alors que le Japon a une nouvelle fois été touchée par un tsunami, quels sont les risques qu'une telle catastrophe naturelle se produise en France ? Le professeur Emile Okal nous répond.

Le dernier tsunami à avoir marqué les esprits en France remonte au 16 octobre 1979. Déclenché à la suite d’un glissement de terrain, il avait fait 9 morts sur le site de l’aéroport de Nice. Dans d’autres pays, le mot "tsunami" fait beaucoup plus peur. Comme au Japon, qui a été une nouvelle fois confronté, il y a quelques jours, à un séisme de magnitude 7,4 entraînant un mini tsunami. Le risque d’une catastrophe de ce genre existe-t-il en France ?

Emile Okal, expert français sur les tsunamis et professeur à Northwestern University aux Etats-Unis, nous donne son avis.

Planet : La France est-elle sous la menace d’un tsunami ?

Emile Okal : "Déjà, il faut mettre à part le cas des territoires d’outre-mer. Car il y a tout de même quatre ou cinq départements - dont la Martinique, la Guadeloupe et la Réunion - qui sont soumis à des risques de tsunamis.

Concernant la France métropole, il existe au large de la Côte d’Azur, un certain nombre de systèmes de petites failles. Des séismes de magnitude 6 seraient capables de déclencher des éboulements sous-marins qui, eux, pourraient engendrer des vagues conséquentes.

En 1887, l’Italie a été frappée par un séisme violent de magnitude 6, puis par un tsunami. Il a fait beaucoup de dégâts à Nice, où il y a peut-être eu des victimes. Selon des collègues italiens, il n’est pas impossible de penser que le scénario aurait pu basculer un petit peu plus vers l’Ouest. Au lieu d’attaquer la Ligurie en Italie, le tsunami aurait peut-être pu toucher Nice, Cannes ou Toulon.

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Planet : La France peut-elle être touchée par un séisme dramatique comme celui qui avait frappé Lisbonne en 1755 (magnitude estimée entre 8,5 et 9 selon les sismologues)?

Emile Okal : La France est relativement protégée par une plateforme continentale très développée, à partir de l’Aquitaine, jusqu’à la Vendée et la Bretagne. Cette plateforme a comme effet de protéger, dans une certaine mesure, les côtes françaises. Néanmoins, comme on ne connaît pas très bien le mécanisme du séisme de Lisbonne (qui avait détruit la ville, tuant plus de 50 000 personnes, ndlr), s’il venait à se reproduire, il pourrait y avoir des changements de géométries assez subtils, qui pourraient diriger des vagues de tsunamis de façons différentes.

Est-ce qu’on a un risque en France d’être attaqué par des vagues de 40 mètres de haut ? La réponse est non. On pourrait retrouver un scénario avec des vagues qui atteignent plusieurs mètres, mais 40 mètres, c’est illusoire pour la France.

Planet : La France est-elle préparée en cas de tsunami ?

Emile Okal : J’ai travaillé en collaboration avec des collègues du CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives), je dirais qu’il y a eu un effort considérable en France. Il y a un centre très sérieux, appelé le CENALT (Centre d’Alerte aux Tsunamis). Des gens sont là 24h/24 pour contacter les autorités en cas de détection d’un tsunami. A la suite de la catastrophe de Samatra en 2004 (tsunami dans l’océan Indien qui avait fait plus de 220 000 morts, ndlr), il y a eu une volonté gouvernementale de financer des centres et d'embaucher du personnel pour faire des veilles. La France est tout à fait prête, peut-être mieux d’ailleurs que des pays où le risque est plus fort, comme la Grèce et le Portugal.

Planet : La population est-elle consciente du danger ?

Emile Okal : En Polynésie française, bien entendu, les habitants sont très conscients et prêts en cas de catastrophe. Mais en France métropole, c’est différent. Comme ils ne sont pas habitués à ce type de catastrophe, les gens ont souvent une attitude du style : 'qu’est-ce que l’on ne va encore nous trouver pour nous effrayer ?', 'tout le monde sait que ce n’est pas grave'…

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Le meilleur moyen de les alerter, c’est de faire des répétitions d’exercices d’alertes. Dans les pays à haut risque, comme au Japon et au Pérou, des exercices de secours sont organisés une fois par an. On fait évacuer les gens, on convoque les pompiers, la protection civile et la police. On demande par ailleurs aux directeurs d’écoles de faire évacuer les élèves. Et ça marche ! Les gens sont sensibilisés. Et quand il y a une véritable alerte, ils savent ce qu’il faut faire". 

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