La bonne conscience cathodique

Les nouvelles n’ont jamais aussi bien portées leur nom. La logique de l’information télévisuelle suit un renouvellement frénétique. Nulle stabilité, juste du furtif recommencé, du provisoire vite oublié.

Pareilles au mouvement de l’aiguille du cadran, les News s’enchaînent dans une marche folle et irréversible.

Un moment visible, le fait divers finit par disparaître. Un temps à la Une, la crise sociale passe à la trappe. Sous les projecteurs des télés, la guerre s’évanouit des écrans. La tuerie de Chevaline, les protestations des salariés de Mittal, les massacres au Soudan ? Dans les archives de l’information. Le temps presse et l’actualité n’attend pas. Du passé toujours faire table rase. A moins que des rebondissements à sensation alertent une attention collective passée à autre chose.

Dans sa course folle à la nouveauté, le zapping médiatique emporte toute vision critique de l’actualité. Dans sa fuite en avant, il prémunit aussi des soubresauts de toute mauvaise conscience. Sous sa forme actuelle, le journal télévisé tue dans l’œuf l’indignation qui pousse à l’engagement. Son credo de l’oubli systématique conduit tout droit à l’insensibilité.   

On n’a honte que devant témoin nous dit Sartre. Enlever le regard d’autrui, c’est faire disparaître la désagréable sensation de mal agir. Ou de ne pas agir du tout alors que nous le devons. Comme souvent, le petit écran a eu la bonne idée ces derniers temps de nous rappeler à une exigence d’humanité. Comment ne pas être touché par des rescapés de la Méditerranée ballotés entre l’Italie et la France ? Comment rester de marbre face à une détresse échouée sous d’informes couvertures de survie?

Mais en dehors de la visibilité cathodique, point de salut. Les regards des migrants ont disparu. Place à d’autres, eux-mêmes en sursis. Nouveaux titres de l’actualité, nouvel apitoiement passager. Comme les images, la honte ne dure qu’un temps. Mais jamais suffisamment pour nous extraire de la torpeur morale. Jamais assez pour nous éveiller à l’action. En bon casuiste, le petit écran nous donne toujours raison. Avec lui, nous nous arrangeons avec notre indifférence. Et avec notre conscience, toujours plus tranquille…