Alors que cette journée du 8 mars est consacrée aux droits des femmes, faisons le point sur la féminisation des métiers, et sur les dénominations autorisées.

Qui dit Journée des droits des femmes, dit revendications. Parmi celles-ci, la volonté plus ou moins affichée par certaines (ou certains) – et notamment les associations féministes – de vouloir féminiser tous les noms, avec l’idée sous-jacente de ne plus accorder au masculin le bénéfice de la neutralité.

Mais si la volonté jusqu’au-boutiste de vouloir féminiser tous les mots courants n’a pas encore rencontré un large écho, la féminisation des professions est, elle, en progression. Quitte à transgresser les règles édictées par l’Académie française qui, rappelons-le, depuis sa création en 1635, est la gardienne de la langue française et la seule institution à faire figure d’autorité en la matière.

L’Académie française rejette un esprit de système

Premier relai de cette féminisation des métiers : les journalistes. Ainsi, avez-vous sans doute vu écrire dans nombre d’articles les professions ainsi féminisées : écrivaine, auteure, procureure, députée… Résultats d’un nouveau conformisme issu du mouvement de féminisation des noms de fonctions et métiers impulsé par le Premier ministre Laurent Fabius le 11 mars 1986 (voir la circulaire de l’époque).

Mais ces changements de terminaison sont-ils pour autant en conformité avec les règles académiques ? Dans une mise au point publiée en octobre 2014, l’Académie française, rappelant qu’elle "n’entend nullement rompre avec la tradition de féminisation des noms de métiers et fonctions", avait néanmoins indiqué que "conformément à sa mission, défendant l’esprit de la langue et les règles qui président à l’enrichissement du vocabulaire, elle rejette un esprit de système qui tend à imposer, parfois contre le vœu des intéressées, des formes telles que professeurerecteuresapeuse pompièreauteure, ingénieure, procureure, etc. pour ne rien dire de chercheure qui sont contraires aux règles ordinaires de dérivation et constituent de véritables barbarismes." En effet, les termes "chercheure, professeure, auteure, par exemple, ne sont aucunement justifiés linguistiquement car les masculins en -eur font, en français, leur féminin en -euse ou en -trice (les rares exceptions comme prieure ou supérieure proviennent de comparatifs latins dont les formes féminines et masculines sont semblables)", précise l'Académie.

A ce sujet, le Figaro écrivait le 18 février dernier que ses correcteurs, "contrairement à tous les autres journaux (…) n’applique(nt) par la graphie féminisée « eure »", mais laissent la possibilité aux journalistes d’écrire "une auteur", ou "une professeur". Conservatisme que ne partage pas l’AFP visiblement, qui la veille (le 17 février), envoyait aux rédactions un article avec ce titre : "Prisons : la contrôleure dénonce la discrimination subie par les femmes."

Enfin, s'agissant du terme "écrivaine", l'Académie française précise sur son site, dans la catégorie néologisme, qu'"on se gardera d’user de néologismes comme agente, cheffe, maîtresse de conférences, écrivaine, autrice... L’oreille autant que l’intelligence grammaticale devraient prévenir contre de telles aberrations lexicales."

La féminisation des titres et fonctions prohibée

De même, la vénérable institution rappelle-t-elle que la féminisation des titres est à prohiber car "les particularités de la personne ne doivent pas empiéter sur le caractère abstrait de la fonction dont elle est investie, mais au contraire s’effacer derrière elle." Ainsi, Hélène Carrère d’Encausse est LE secrétaire perpétuel de l’Académie française. De même, Myriam El Khomri est LE ministre du travail, Rachida Dati, Le maire du VIIe arrondissement de Paris, ou encore Marion Maréchal-Le Pen, Le député du Vaucluse (sur son site d’ailleurs, la benjamine de l’Assemblée tient à se faire nommer "député" sans "e", contrairement à presque toutes ses homologues). Mais si l’on veut marquer, par déférence, que c’est une femme qui occupe telle fonction, la formule d’usage est : "Madame le député, le ministre, etc."

C’est ainsi qu’en octobre 2014,  le député (LR) Julien Aubert s’était vu sanctionner financièrement pour avoir lancé un "Madame le président" à Sandrine Mazetier qui était ce jour-là au perchoir. L’affaire avait fait grand bruit et avait amené l’Académie française à sortir de son silence pour publier ladite mise au point. En conformité avec la règle édictée par l’institution, le député avait cependant transgressé le règlement intérieur de l’Assemblée daté de 2002 (sous Lionel Jospin) qui incite à la féminisation des fonctions. Dans sa mise au point, l’Académie a toutefois indiqué qu’"aucun texte ne donne au gouvernement le pouvoir de modifier de sa seule autorité le vocabulaire et la grammaire du français."

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Et la gardienne de la langue française d’enfoncer le clou en estimant que "les textes règlementaires doivent respecter strictement la règle de neutralité des fonctions. L’usage générique du masculin est une règle simple à laquelle il ne doit pas être dérogé" dans les décrets, les instructions, les arrêtés et les avis de concours.

En résumé, ni "auteure" (mauvaise transformation de la terminaison en -eur), ni "écrivaine" (qui heurte l'oreille), ni "députée" (un titre est neutre - donc "masculin") ne sont autorisés.

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