Les Français sont plus nombreux à jouer dans certaines régions que dans d'autres. Découvrez pourquoi, avec le sociologue Jean-Pierre Martignoni-Hutin.

Joue-t-on plus en Corse car il fait beau ? Pas impossible, selon le sociologue des jeux d’argent, Jean-Pierre Martignoni-Hutin, auteur notamment de Faites vos jeux (1993). "Dans le Sud, à cause du climat, les gens ont une appétence à sortir davantage. Et certains décident d’aller au bar PMU ou au casino", indique-il.

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"Les jeux d’argent ont un rapport avec la croyance et la superstition"

La Corse est la région dans laquelle on joue le plus aux jeux d'argent, selon l’Observatoire des jeux (ODJ), qui s’est penché sur la répartition des joueurs par rapport aux régions. L’étude (publiée en septembre dernier) révèle qu’en 2014, les habitants de l’île de Beauté ont misé chacun en moyenne 963 euros sur les paris sportifs, le Loto, l’Amigo, les paris hippiques ou encore le poker… soit deux fois plus que la moyenne nationale (494 euros par personne).

Le sociologue, qui a étudié les casinos en Corse dans les années 1970 et 1980, raconte que l’histoire d’amour entre l’île et le jeu remonte à plus de cent ans. "Des facteurs historiques peuvent expliquer ces tendances", indique Jean-Pierre Martignoni-Hutin. "Les jeux d’argent ont aussi un rapport avec la croyance et la superstition. Dans certaines régions, la religion interdit le jeu. Mais dans d’autres, c’est le contraire. Comme dans les Dom-Tom, où les populations sont plus superstitieuses", poursuit-il, en notant que la Réunion et la Guadeloupe se trouvent dans le rouge sur la carte (plus de 617 euros de mises annuelles par habitant).

Outre la Corse, la carte de la répartition des joueurs, reprise par Le Monde, montre que l'on joue beaucoup dans les zones urbanisées (comme autour de Paris, Marseille ou Lyon), dans le Nord, sur la Méditerranée, ou encore dans les Dom-Tom. Tout sauf un hasard pour le sociologue des jeux d’argent, qui explique néanmoins qu’il ne faut pas "surinterpréter cette géographie ludique".

"Moins on épargne, plus on joue"

Cette répartition des joueurs peut également s'expliquer par des facteurs géographiques. "Si on joue plus en région parisienne qu’en Auvergne, c’est aussi parce qu’il y a plus de bureaux de la FDJ disponibles". Jean-Pierre Martignoni-Hutin note aussi que, proches des frontières, les mises sont moins élevées. En revanche, la carte ne montre pas les casinos présents dans les pays voisins. En Allemagne, par exemple, de nombreuses salles de jeux existent aux alentours de Strasbourg et Metz. Et elles accueillent les Français à bras ouverts...

Le sociologue souligne par ailleurs un phénomène économique très significatif.  "Moins on épargne de l’argent, plus on joue. Et plus on épargne, moins on joue", remarque l'expert, qui cite encore les exemples de la Corse (région dans laquelle on épargne le moins, et on joue le plus) et de l'Auvergne (tout l'opposé). "Moins on est économe, plus on a tendance aussi à vouloir exhiber son argent liquide". Et les salles de jeux sont justement parfaites pour les liasses de billets. Jean-Pierre Martignoni-Hutin fait allusion également au "blanchiment d'argent", qui alimente les casinos, et qui "touche l'île de Beauté". Le sociologue évoque "les économies parallèles" de la Corse et estime qu'il "peut y avoir un rapport entre l'argent liquide et le jeu".

"Les Asiatiques jouent beaucoup"

Entrent également en jeu des facteurs sociologiques. Si les activités ludiques occupent une place importante dans les zones urbanisées, c'est surtout parce que la classe ouvrière y est présente. Et, selon une étude de l'Ipsos, 15% des joueurs réguliers en France sont des ouvriers. "Les joueurs ont un niveau d'éducation un peu moins élevé que celui des non joueurs", expliquent des chercheurs de l'ODJ, cités par l'Obs.

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Si les bureaux de la FDJ peuvent parfois être remplis dans les grandes villes, notamment dans la capitale, c'est aussi en raison de la présence de nombreux immigrés qui tentent leur chance. "Notamment les populations asiatiques, qui jouent beaucoup à l'Amigo", analyse le sociologue.

Mais que les Auvergnats se rassurent : les probabilités de gagner restent les mêmes partout.

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