Maxime Gaget incarne l’autre visage de la violence conjugale. Pendant plus d’un an, cet homme a subi les coups de sa compagne. Réduit à l’esclavage, il s’en est sorti grâce à ses proches mais aussi à l’écriture. Dans "Ma compagne, mon bourreau", son livre sorti en 2015, il revenait sur son cauchemar et tentait de briser un tabou. Un an après, et alors que son ex-compagne comparaît en appel, la rédaction de Planet.fr a décidé de republier son interview. 

Zakia Medkour, l'ex-compagne de Maxime Gaget, comparaît actuellement en appel pour violences conjugales. En première instance, elle avait été condamnée à cinq ans de prison mais le parquet a décidé de faire appel, jugeant cette peine trop légère. 

(Re)découvrez l'interview que nous avion réalisée en février 2015, avant le premier procès. 

Planet : Pourquoi avez-vous eu envie d’écrire ce livre ?

Maxime Gaget* : "Au départ, ce n’était pas mon idée mais celle de mes proches. Je n’arrivais pas à verbaliser tout ce que j’avais enduré et ils m’ont conseillé d’écrire. Ils voyaient cela comme une forme de thérapie. Et cela a marché. J’ai commencé à écrire les premières lignes en 2009 mais je n’ai pas réussi à le terminer avant il y a environ deux mois. Je restais bloqué sur certaines parties que je n’arrivais pas à expliquer. J’y suis finalement parvenu après être apparu dans un reportage sur France 2. Cela m’a permis rencontrer le psychologue parisien Alain Legrand, lequel m’a beaucoup aidé et fait rencontrer mon éditeur.

L’écriture de ce livre m’a aidé à mettre des mots sur ce que j’avais vécu mais également à prendre conscience du tabou qui entoure ce sujet. Avant la sortie de mon livre, il n’y avait pas de témoignage complet d’hommes ayant été battus par leur conjointe. Il y a un véritable tabou.

Planet : Pourquoi selon vous ?

Maxime Gaget : Il y a, je pense, une grande part de honte chez ces hommes. Ce n’est pas facile pour un homme d’admettre qu’il a été battu par une femme, aussi musclée soit-elle. Dans ces cas-là, la fierté et la virilité prennent une sacrée dérouillée… Mais surtout, c’est l’image d’épinal que beaucoup de gens ont et selon laquelle l’homme est fort quoiqu’il arrive qui facilite l’existence de tabou. Ce qui est assez fou car cette image n’est plus du tout d’actualité.

Planet : Vous écrivez avoir été réduit à l’état d’esclave. Comment en êtes-vous arrivé là ?

Maxime Gaget : Cette femme avait une emprise psychologique très forte sur moi. C’est d’ailleurs un point commun à tous les victimes de violences conjugales, hommes ou femmes. Comme avec les sectes, tout le monde peut se retrouver englué dans ce genre de situation, peu importe son caractère.

Mon bourreau était une perverse narcissique. Elle a réussi à ‘s’emparer’ de moi en suivant 5 étapes. D’abord, il y a eu ‘l’acquisition par séduction’. Elle m’a séduit, ou piégé, en veillant bien à dissimuler sa deuxième, voire sa troisième personnalité. Ensuite, elle est entrée dans la phase ‘d’acquisition de mes biens’. Elle s’est attachée à mettre la main sur mes moyens de paiement, mes papiers d’identité et à faire un nettoyage de ma vie sociale. Puis, elle a exploité toutes les pièces qu’elles m’avaient subtilisées. Dans cette phase, elle a aussi commencé à m’attaquer verbalement et physiquement. Quand toutes ces ressources ont été utilisées, elle s’est intéressée à mes ‘autres ressources’ et m’a réduit en esclavage. C’était une étape très dangereuse car la violence y a atteint son paroxysme. Enfin, il y a eu la dernière phase : la fin, la mort, que j’ai frôlée à plusieurs reprises.

Planet : Comment vous en êtes-vous sorti ?

Maxime Gaget : Grâce à un miracle. Personne dans notre entourage ne pouvait imaginer ce qu’elle me faisait subir. Elle avait mis comme une chape de plomb autour de notre appartement. Nos proches ont parfois soupçonné que quelque chose n’allait pas mais ils étaient à mille lieux de la vérité. Le frère de ma compagne vivait sur le même palier et il a fini par tout découvrir. Il a été alerté par le comportement de ses enfants qui vivaient avec nous et qui, après plusieurs mois, sont devenus violents. Ils s’étaient adaptés à leur univers, c’est un concept psychologique bien connu. C’est grâce à eux qu’il a compris que quelque chose n’allait pas. Dès lors, il a alerté mes proches. C’était un dimanche et le lendemain, le lundi 2 mars 2009, ils sont venus me secourir, accompagnés des gendarmes. Le soir-même j’étais hospitalisé.

Planet : Dans quel état étiez-vous ?

Maxime Gaget : Dans un très mauvais état… J’avais perdu près de 30 kg, mes cheveux et ma barbe étaient partiellement brûlés, j’avais 8 phalanges cassées aux mains, je portais encore des fils de suture qui auraient dû être retirés deux mois plus tôt, j’avais un œil tellement poché qu’il m’a fallu des dizaines de jours avant de pouvoir l’entrouvrir, j’étais déshydraté, j’avais des carences…

Planet : Vous pouviez parfois sortir, pourquoi ne vous êtes-vous pas enfui ?

Maxime Gaget : J’avais peur ! Mon bourreau m’avait insufflé un sentiment de peur panique. Je vivais dans une psychose permanente : elle affirmait avoir des contacts à la police et connaitre des gens prêts à espionner mes moindres faits et gestes quand je sortais. Elle me menaçait aussi d’aller raconter à la police que ses enfants étaient victimes d’attouchements sexuels de ma part. C’était complètement faux mais elle me tenait comme ça.

Planet : Cinq ans après, comment allez-vous ?

Maxime Gaget : C’est le jour et la nuit ! Je vais beaucoup mieux même si, bien sûr, j’ai encore de nombreux points à travailler. Il faut par exemple que je retrouve un travail. A cause de cette histoire, j’ai perdu un très gros contrat professionnel mais aussi une partie de mes connaissances.

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Quant à mon ex-compagne, je devais la revoir le 29 janvier pour une confrontation mais elle ne s’est pas présentée. Le rendez-vous a été repoussé au 9 avril. Nous verrons bien si elle viendra. Pour elle, je suis tenté de dire que je ressens une colère noire, mais c’est encore trop coloré".

*Maxime Gaget (nom d’emprunt) est l’auteur de Ma compagne, mon bourreau (ed. Michalon)

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