Pascale Ribes, vice-présidente de l'APF, une association en faveur de l'assistance sexuelle pour les personnes handicapées, confie à Planet.fr sa déception et sa colère suite à l'avis défavorable qu'a émis le Comité national consultatif d’éthique lundi à propos de cette activité.

Dans le film The Sessions de Ben Lewin, sorti sur les écrans il y a près d’une semaine, Mark, un homme handicapé de 38 ans, fait appel à une assistance sexuelle afin de perdre sa virginité. Un sujet délicat à aborder en France. Le Comité national consultatif d’éthique (CCNE) a en effet émis lundi un avis défavorable aux assistants sexuels pour les personnes handicapées. L’occasion de revenir sur ce sujet avec Pascale Ribes, vice-présidente de l’Association des Paralysés de France, auditionnée par le CCNE.   Planet.fr : En quoi consiste le métier d’assistant sexuel exactement ?

Pascale Ribes : "Ce n’est pas un métier mais une activité. L’activité d’assistant(e) sexuel vise à prodiguer une attention sensuelle, érotique ou sexuelle à une personne ou à permettre l’acte sexuel à deux personnes handicapées qui ne peuvent l’accomplir sans aide. Quand on est face à des personnes qui ne sont pas libres de leurs mouvements, il faut bien que quelqu’un les aide à se déshabiller, à s’allonger côte à côte. Cela peut aller de la simple caresse jusqu’à permettre l’acte sexuel.

Planet.fr : Y a-t-il une limite à ne pas franchir ?

Pascale Ribes : L’assistant et la personne handicapée conviennent de ce qui va être effectué au préalable lors de rendez-vous. L’assistant(e) peut très bien refuser la pénétration. 

Planet.fr : L’assistance sexuelle des personnes handicapées est-elle assimilée à de la prostitution en France ?

Pascale Ribes : Légalement, oui.  Mais est-ce la même chose ? Non. Cette activité tombe actuellement sous le coup de la loi sur les proxénètes. Notre objectif est la reconnaissance de la spécificité de cette activité afin d’obtenir une dérogation à la loi pénale. J’attends que l’assistance sexuelle des personnes handicapées ne soit pas assimilé à de la prostitution.

Planet.fr : Comment avez-vous réagi à la décision défavorable du CCNE ?

Pascale Ribes : J’ai été déçue. L’avis du comité d’éthique reste un avis, il n’a pas de force obligatoire. Mais pour un avis qui se dit "éthique", je le trouve extrêmement orienté sur les arguments de nos détracteurs. On attendait la recommandation d’un débat public sur le sujet. D’ailleurs, lorsque François Hollande était encore candidat à la présidentielle, il avait déclaré qu’il serait prêt à engager un débat public dans le magazine Faire-Face. On a donc écrit au président de la République afin de lui rappeler sa promesse et lui demander d’ouvrir le débat.

Planet.fr : Le CCNE s'est justifié en mettant en avant le risque de "transfert affectif". En clair, ils craignent des abus. Qu’en pensez-vous?

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Pascale Ribes : (Rires) C’est un rire ironique. Parce que ça me fait mal en vrai. Ils ont choisi de mettre en avant le risque d’abus. Bien sûr que le risque zéro n’existe pas, comme partout ailleurs. Mais justement, on demande la création d’un service pour former, encadrer les assistants et superviser les pratiques afin d’endiguer les risques de dérives. Pire, dans l’avis qu’il a rendu, le comité d’éthique ne ferme pas la porte à des initiatives individuelles. Ça, c’est une incitation à travailler au black, et cela.  expose aux dérives. Ils ont tout fait à l’envers".

© Twentieth Century Fox France

 

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