Fondateur de l’association Touche pas à ma Constitution, Rachid Nekkaz s’est engagé depuis 2010 à régler les amendes des femmes en niqab. Aussi, il condamne fermement ce qui est récemment arrivé à une touriste du Golfe à l’Opéra Bastille (Paris).

Planet : Que pensez-vous de l'affaire de cette touriste du Golfe priée de quitter l'Opéra Bastille parce qu'elle portait un niqab ?

Rachid Nekkaz : "C'est à la fois honteux et scandaleux. Honteux, car la culture est universelle et on n'exclut pas une spectatrice inoffensive, en plein public, d'un haut lieu de la culture française et européenne. Scandaleux car je ne reconnais plus cette France ouverte, portée par les valeurs de tolérance et de respect des différences.

A l'époque nazie, on sortait les juifs de l'Opéra de Berlin. 70 ans après, c'est dans la France de Rousseau et de Voltaire qu'on fait sortir les musulmanes de l'Opéra de Paris. A croire que la France est devenue amnésique et ne semble pas tirer les enseignements et les leçons de l'Histoire.

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Planet : Payez-vous toujours les amendes infligées aux femmes portant le niqab dans les lieux publics?

Rachid Nekkaz : Oui. Depuis 2010, je me suis engagé à payer les amendes des femmes qui portent librement le niqab en Europe dès lors qu'elles s'engagent à rejeter toutes formes de violences ou d'idéologies islamistes radicales.

Planet : Combien d'amendes avez-vous réglées ? A combien s'élève le montant total ?

Rachid Nekkaz : En tout, 865 amendes ont été payées en France et 129 en Belgique. Soit un total de 196 000 € avec les frais d'avocats.

Planet : Certains vous surnomment le "Zorro du niqab", qu'en pensez-vous ? Pourquoi un tel engagement envers ces femmes ?

Rachid Nekkaz : Je défends la liberté de ces femmes et leur dignité, car je suis d'abord et avant tout un homme de convictions et de principes. Ainsi, je défends la liberté de porter le niqab ou la liberté de ne pas porter le hidjeb.  Par exemple, je me suis rendu en septembre 2013 au procès d'une femme à Khartoum au Soudan pour empêcher qu'elle soit lapidée sur la place publique car elle refusait de porter le hidjeb. J'ai aussi défendu les Ouïgours en Chine, ou les Roms et les Tibétains en 2009 et en 2010. Et ils ne sont pas musulmans.

Planet : Comment vous positionnez-vous par rapport à la loi de 2010 ? Souhaitez-vous son abrogation ?

Rachid Nekkaz : J'ai une position très claire. Elle repose sur les recommandations du Conseil d'Etat, lesquelles se résument ainsi : Oui pour interdire le port du Niqab dans les lieux publics fermés (administrations, banques, écoles, etc.). Non pour l'interdire dans la rue qui constitue le patrimoine universel de la Liberté. Je ne suis donc pas favorable à l'abrogation de la Loi mais pour son amendement, pour sa modification.

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C’était du reste, la position officielle du PS avant sa victoire en mai 2012. Malheureusement, la majorité et le président François Hollande n'ont pas eu le courage de défendre cette position républicaine quand ils sont arrivés au pouvoir. Je le regrette profondément. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles j'ai abandonné ma nationalité française le 23 octobre 2013 en rendant officiellement mon passeport français au président François Hollande à l'Elysée".

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