Bernard Charlès, à la tête de Dassault Systèmes, avoue envisager de quitter la France. La raison de cet exil ? Un système fiscal sur le capital et les stock-options qui pèse trop lourd pour que l’opération soit rentable.

Oui Bernard Charlès réfléchit sérieusement à la question. Quitter la France et sa fiscalité pesante, c’est une option. C’est même son Conseil d’administration qui lui a posé la question en septembre 2012 : où va-t-il aller s’installer ? Pour l’heure, le patron de l’éditeur de logiciel Dassault Systèmes assure n’en être qu’à une phase de réflexion. « A ce jour, je n'ai pris aucune décision. J'étudie la question sous tous ses aspects » explique-t-il au Monde dans une interview publiée ce mardi 12 mars.

Quitter la France pour fuir les impôts, d’autres l’ont fait avant lui. Bernard Charlès indique que c’est même une pratique courante, et que plusieurs dirigeants de l’entreprise se sont déjà installés à l’étranger, « mais je ne vous dirai pas combien ont quitté la France, pas plus que le nombre de dirigeants qui y songent » a-t-il indiqué. Toutefois, Bernard Chalès se défend de fuir la taxation à 75%, chère à François Hollande. « Pour être clair, cela ne concerne pas la taxation à 75 % des revenus au-delà de 1 million d'euros, même si je pense qu'au-dessus d'un certain seuil, c'est confiscatoire. Ma préoccupation concerne l'alourdissement de la fiscalité sur le capital, les stock-options et les actions gratuites » précise-t-il. « Permettre aux cadres d'être actionnaires de leur société, c'est leur offrir une part de rêve. […] Ne plus pouvoir le faire, c'est briser cette part de rêve » estime le dirigeant.

« Résider en France devient lourdement handicapant » Bernard Charlès explique que pour qu’une entreprise puisse reverser une part de capital à un salarié, elle se voit, ainsi que le bénéficiaire, soumise à des impôts atteignant 80% de la valeur du montant versé. « Il est normal que les cessions de capital soient taxées, mais au-delà de 60 %, vous êtes hors course au niveau mondial » indique-t-il. « Si vous résidez ailleurs, vous ne rencontrez pas ce problème. Il en résulte que bénéficient de ces plans de fidélisation les managers à l'étranger et non plus ceux situés en France. Résider en France devient lourdement handicapant ».

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« Comment voulez-vous conserver en France ceux qui réinventent Dassault Systèmes en permanence si vous ne pouvez plus les associer à cette part de rêve ? » s’inquiète-t-il ? Pour Bernard Charlès, le gouvernement a ici sa part de responsabilité. « Ceux qui arrêtent ces mesures n'ont pas conscience des conséquences sur le secteur de la high-tech. Cet empilement de mesures ne permet pas de créer un écosystème favorable. Au contraire […] Si cet alourdissement de la fiscalité se confirme, une société comme Dassault Systèmes ne pourra plus se créer en France, créer des emplois, et atteindre une taille mondiale, j'en ai bien peur. C'est toute la filière numérique qui est en danger » conclut-il. 

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