Cachés derrière leur maître ou propulsés en première ligne des conflits, de nombreux chats ont marqué l’histoire. Dans "100 chats qui ont fait l’histoire", Dorica Lucaci nous propose de revenir sur 100 de ces fameux félins. Un voyage riche en anecdotes.

Planet : Avec vous, les chats ne sont pas seulement acteurs de l’histoire mais aussi héros…

Dorica Lucaci* : "Ce sont pour moi des héros car ils ont été témoins de grands évènements, de discussions ultrasecrètes et parfois même été les compagnons d’illustres personnages. Mais le destin de ces chats n’a pas toujours été rose, au contraire. Au Moyen-Age, par exemple, ils ont particulièrement souffert alors qu’ils étaient sacrés pendant l’Egypte antique.

Pendant la bataille de Péluse (en 522 avant JC) et alors que les Egyptiens résistaient au siège mis en place par le roi Cambyse II, le souverain perse a eu l’idée d’équiper chacun de ses soldats d’un chat vivant. Connaissant le caractère sacré que revêtaient alors ces félins aux yeux du peuple d’Egypte, il s’est dit que jamais les soldats du camp adverse ne prendraient pas le risque de les blesser. Et c’est ce qui s’est passé : les Egyptiens ont aussitôt arrêté de tirer…

Il y a aussi eu l’histoire du chat dont les Américains ont voulu faire un espion pendant la Guerre froide. Ils avaient placé toute sortes de micros dans l’oreille, sur le ventre et sur la queue de l’animal en se disant qu’il passerait inaperçu auprès des Russes. C’était un projet très cher, qui a duré près de cinq ans et qui a certainement été très pénible pour le chat. Et puis, le jour où le projet a enfin été terminé, le chat s’est fait écraser par un taxi… L’opération s’est donc soldée par un échec et le chat est devenu un héros malgré lui !

Planet : Qu’en est-il des chats plus chanceux ?

Dorica Lucaci : Micetto, le chat du François-René de Châteaubriand a eu la chance d’être toujours bien traité. Il appartenant auparavant au pape Leon XII qui l’a ‘légué’ à l’écrivain. Quand ce dernier était ambassadeur au Vatican, il a souvent eu l’occasion d’approcher le félin et de se familiariser avec lui. Ce qui n’a pas échappé au souverain pontife d’alors, lequel a décidé de le lui confier à sa mort. Soucieux de bien faire et de faire oublier au chat son exil vers la France, Chateaubriand l’a ensuite particulièrement chouchouté. Micetto a donc véritablement eu la belle vie. Il est passé des genoux du pape sur lesquelles il était caressé et pouvait écouter des discussions de la plus haute importance, à ceux d’un des plus grands écrivains français de son époque qui veillait chaque jour à son bien-être !

Planet : Selon vous les chats renseignent sur la personnalité de leur maître. C’est-à-dire ?

Dorica Lucaci : Prenez l’exemple du Cardinal de Richelieu. On garde de lui l’image d’une éminence grise, d’un homme fort, intellectuel et parfois même dur. Ce que l’on sait moins c’est ce que cet homme aimait beaucoup les chats. Et alors qu’il travaillait près de 16 heures par jour, il était toujours accompagné de son chat, lequel devait l’apaiser. Une image quelque peu difficile à imaginer ! D’ailleurs, c'est sans doute au travers de cet attachement que toute sa sensibilité et sa générosité s’exprimaient.

Planet : Se cachait-il aussi des chats derrière les présidents de la République ?

Dorica Lucaci : Oui bien sûr. On sait que les présidents ont quasiment tous eu un ou plusieurs chiens, mais certains ont aussi eu des chats. C’est le cas du général de Gaulle. Au départ, les chats le fuyaient, comme s’ils sentaient qu’il n’était pas à l’aise avec eux. Et puis un jour, son épouse lui a apporté un chat de race : un chartreux nommé Ringo de Balmalon. L’ancien chef d’Etat n’aimait pas ce nom pompeux, aussi il l’a rebaptisé Gris-gris. Ils sont rapidement devenus inséparables : le chat suivait même le président lorsqu’il se baladait dans les jardins de l’Elysée. Mieux, le général de Gauche en parlait même parfois avec le ministre de la Culture, André Malraux, en plein Conseil !

Ce dernier aimait lui aussi beaucoup les chats. A la fin de sa vie, et alors qu’il s’était installé au château de Verrières-le-Buisson chez son amour de jeunesse la femme de lettre Louis de Vilmorin, il a carrément fait installer des chatières dans les portes classées du bâtiment et ce, sans en avertir son hôtesse !

Planet : D’après vous, quel chat retiendra-t-on de notre époque ?

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Dorica Lucaci : C’est l’action de l’homme qui fait qu’on s’intéresse ensuite à son chat… Malheureusement aujourd’hui j’ai l’impression qu’il y a moins de personnages remarquables que dans le passé. Parler du chat de Bill Clinton n’a pas le même effet sur l’imaginaire que les histoires du chat du roi de France !"

*Dorica Lucaci est l'auteur de "100 chats qui ont fait l'histoire" (ed. L'Opportun) 

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