En tout, 1700 km de côtes françaises sont victimes de l’érosion marine. Certains habitants proches du littoral vivent dans la crainte de voir un jour leur maison partir avec un pan de la falaise.

© Capture d'écran France 2 / Route de Pourville : érosion de la falaise de 1920 à aujourd'hui

Son cas a fait le tour de la France le mois dernier. Pendant 50 ans, Willy Hocquet, 85 ans, a vécu dans une spacieuse maison de style anglo-normand avec une vue imprenable sur les hauteurs de Dieppe (Seine-Maritime). Une vue peut-être trop magnifique… Aujourd’hui, sa demeure menace de s’effondrer sur la plage en contrebas car elle est trop proche d’une falaise qui s’érode (voir photo ci-dessus).

Pour ne pas qu’elle se retrouve en bas de la falaise ou qu’elle soit squattée avant, la maison devra être détruite, au grand dam de son propriétaire. "On ne va pas détruire ces boiseries de 1925, ces portes en chêne, ces cheminées... Ce serait de la barbarie", se lamente-t-il dans un reportage de France 3 Normandie, appelant architectes, brocanteurs, collectionneurs, à venir récupérer les éléments de valeur. Mais Willy Hocquet ne sera pas totalement lésé. En vertu de la loi Barnier de 1995 sur "la sauvegarde des populations menacées par certains risques naturels majeurs", la ville va lui racheter sa maison aux prix du marché (500 000 euros en l’occurrence) et se fera ensuite rembourser par l’Etat.

L’action de l’homme en partie responsable

Toutes les maisons autour de Willy Hocquet sur les hauteurs de Dieppe, le long de la route menant à Pourville-sur-Mer (voir photo ci-dessus), sont déjà détruites, abandonnées ou en passe de l’être. Pour tenter de cerner le problème, le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) a mené une étude qui s’est terminée il y a peu en opérant des forages et des carottages dans la roche.

"Le pan de falaise sur laquelle les maisons ont été construites subit l’érosion par le bas avec des éboulements en bord de mer, et sur le dessus, des poches souterraines de sable et d’argile gorgées d’eau gonflent au fil du temps et font éclater la falaise de craie", nous explique Pierre Pannet, ingénieur au BRGM, qui a passé beaucoup de temps à étudier ce phénomène en Normandie. Mais l’ingénieur pointe également du doigt l’action de l’homme. "Par le passé, on a prélevé de nombreux galets en bas de la falaise pour la construction. Or ces galets formaient une barrière naturelle contre les vagues", indique-t-il.

"De manière générale, deux facteurs participent à l’érosion des côtes : en bas, naturellement à cause des vagues qui viennent s’échouer sur la falaise, et en haut à cause du ruissellement des eaux continentales", explique l’ingénieur. Ce à quoi viennent s’ajouter des éléments déclencheurs : tempêtes, fortes pluies, etc. C’est d’ailleurs généralement en automne, saison particulièrement propice aux tempêtes, que l’érosion gagne du terrain.

En tout, 1 700 km de côtes sont victimes de l’érosion

Concrètement, c’est toute la côte d’Albâtre, entre Le Havre et le Tréport, et la côte d’Opale jusqu’au Nord-Pas-de-Calais, soit près de 200 km de littoral, qui sont particulièrement menacées du fait des fortes vagues dans le secteur et de la fragilité de la roche (craie, calcaire, marne). De même faut-il rajouter la côte basque où les falaises rocheuses sont soumises à une importante érosion marine, et les côtes sableuses (Manche, Aquitaine) qui depuis quelques années reculent de plusieurs dizaines de mètres à la faveur de violentes tempêtes, notamment au niveau de l’estuaire de la Gironde. A contrario, la côte la plus résistante se trouve en Bretagne grâce au granit, roche imperméable, et dans une moindre mesure sur le littoral méditerranéen où la mer est stable.

En tout, un peu plus de 1 700 km de côtes sont victimes de l’érosion marine en France. Mais ce phénomène ne se limite pas à la métropole : une vingtaine de familles est actuellement menacée par une falaise à Saint-Pierre (Martinique) et l’éboulement rocheux peut survenir à tout moment selon les ingénieurs, indiquait le 23 février Francetv Info.

Le contrecoup des politiques d’aménagement des années 1970

S’agissant des personnes habitants ces zones à risque, l’ingénieur du BRGM se montre sceptique. "A l’image de cet habitant normand, Willy Hocquet, ce type de cas va se multiplier dans les prochaines années", explique-t-il. "C’est le contrecoup de la politique d’aménagement du territoire des années 1970-1980 qui se souciait alors peu des risques environnementaux", conclut ce dernier.

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"Dans le Languedoc-Roussillon, les stations balnéaires ont été construites sur les dunes qui, en se stabilisant, ont ainsi perturbé les échanges de sables entre la plage et le système dunaire", expliquait en 2009 au Figaro Yann Balouin, chargé de la frange méditerranéenne pour le BRGM. De l’autre côté, sur une dune à Soulac-sur-Mer (Gironde), un immeuble de 78 logements, construit il y a 40 ans à 200 mètres du front de mer, se situe désormais… à 20 mètres de l’océan (photo avant/après ici).

Autre grief à porter à la main de l’homme, le changement climatique. "Au cours du XXIe siècle, l’élévation du niveau des mers va devenir la cause principale des dommages littoraux et au-delà de 2100, on devrait assister à des submersions permanentes de zones côtières basses", prévient Gonéri Le Cozannet, en charge du programme "Changement climatique et vulnérabilité" au BRGM, cité dans Sciences et Avenir.

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Mais est-ce à dire que les habitants vont d’eux-mêmes quitter leur maison menacée ? Selon une enquête citée par le Réseau d’Observation du Littoral Normand et Picard (ROLNP), "il existe de grands écarts entre l’appréciation des risques par les experts et la perception de ceux-ci par les usagers". "Vivre au sein d’une commune littorale est d’abord perçu comme un privilège", ce qui explique "le rejet des changements comme la démolition et le recul des propriétés", selon le ROLNP.

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