Ecole : une catastrophe programmée

La refondation de l'école sera l'un des thèmes centraux de la campagne présidentielle de 2017. Selon moi, c'est là que le pire est à craindre. Marine Le Pen nous promet un retour aux valeurs de Jeanne d'Arc mais on ne sait pas bien comment elle va convaincre les enseignants hostiles et les drogués du MP3 ou de la tablette tactile.

La feuille de route de François Hollande est plus claire mais pas vraiment lumineuse. C'est la ligne Maginot revisitée par Peillon et Hamon. Un fatras de lubies utopistes, parfois sectaires, toujours complètement déconnectées du terrain. Même les enseignants, qui ont pourtant le cœur à gauche, sont démotivés  par une succession de réformes surréalistes et improvisées. Plus précisément, pour l'essentiel, la formation des enseignants est abstraite et donc inutile ; la quasi-interdiction de redoubler et le collège unique conçu comme un carcan ne peuvent qu'entraîner un nivellement par le bas ; la réforme du rythme scolaire est aberrante et rejetée par tous ; l'apprentissage reste très largement insuffisant même chez les bacs professionnels ; etc.  

Mais, c'est incontestablement à droite que l'on voit poindre le pire des dangers. Tous ses ténors, à commencer par Juppé, nous promettent une école dirigée à la baguette. Les chefs d'établissement vont disposer de pouvoirs accrus : ils pourront même "choisir" leur équipe d'enseignants : un tsunami assuré qui achèvera l'école publique. Cela ne gène pas trop les élus dont les enfants sont, le plus souvent, à l'école privée ou dans des établissements haut placés et donc à l'abri des turpitudes de bas étage.

La première secousse proviendra des enseignants. Leur affectation est régie par un système de points aussi complexe que vital. Croyez-moi, toucher à ce nerf provoquera un rejet au-delà de tout ce que vous pouvez imaginer.

De plus, même si cette réforme était appliquée, ce qui me semble impensable, il y aurait encore pire : le manque d'entraîneurs capables d'innover. Depuis plusieurs décennies, la qualité suprême demandée aux chefs d'établissement, par la droite comme par la gauche, est de contenir les vagues et de faire croire que tout va bien chez eux. Il en résulte une mentalité collective dominée par l'omerta et la prudence du serpent. Si un enseignant ose murmurer, son arrogance est taxée d'incompétence alors que ce n'est qu'un sursaut de lucidité.

Or, il n'y a que dans les films d'animation que l'on transforme les gentils pandas en maîtres du kung-fu.Certes, il y a des exceptions pour confirmer la règle. Les optimistes diront un sur dix. On peut peut-être imaginer un statut à part pour ces kamikazes.Dans les établissements normaux, c'est aux enseignants qu'il faut redonner le pouvoir, pas aux proviseurs. C'est facile, c'est pas cher et "ça peut rapporter gros".    

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