Un documentaire sur la Villeneuve de Grenoble, diffusé en septembre dernier sur France 2, a heurté ses habitants qui ont poursuivi en diffamation le PDG de la chaîne. Le procès s’est tenu ce jeudi au tribunal correctionnel de Grenoble (Isère).

Le reportage "La Villeneuve, le rêve brise" diffusé le 26 septembre sur France 2 n’a pas fait l’unanimité parmi les personnes vivants dans le quartier grenoblois. A tel point que l’association des habitants de "La Crique Sud" a intenté un procès pour diffamation au PDG de France Télévision, Rémy Pflimlin, qui s’est déroulé ce jeudi au tribunal de Grenoble.

Selon la partie civile, trois propos tenus au cours de l’émission étaient diffamatoires à leur encontre : "on compte deux fois plus de mères isolées que sur l’ensemble de Grenoble", "malgré les détonations cette nuit-là, personne ne préviendra la police" et enfin "trois jours après cette interview, une autre figure historique du quartier sera agressée par des jeunes". Les habitants du quartier estiment en outre que le sujet ne montrait que des éléments défavorables, passant sous silence les points positifs.

Cité expérimentale des années 1970, la Villeneuve de Grenoble est décrite dans le documentaire comme un quartier gangréné par la violence. Le secteur avait notamment été le théâtre d’émeutes en avril 2010. Selon Me Thomas Fourrey, l’avocat de l’association, "c’est une accumulation de clichés (...) un reportage à charge qui manque complètement d’objectivité", rapporte l'AFP.

Si 200 habitants ont investit le hall du palais de justice pour dénoncer le documentaire, l’auteur du documentaire, Amandine Chambelland, et le président de France Télévisions, Rémy Pfimlin, appelé à la barre, n’avaient pas fait le déplacement. S’appuyant sur la loi sur la presse du 29 juillet 1881, Me Eric Semmel, avocat du PDG de France Télévision, a estimé "l’irrecevabilité incontournable" et a demandé à la présidente de "prononcer la nullité", rapporte le 20 Minutes. Il a estimé que "l’association n’a pas le droit de se porter partie civile si elle n’est pas personnellement visée. Or, il y a un flou dans la citation. Y a-t-il diffamation contre l’association, les membres, le quartier?" a-t-il ajouté.

Diffamation ou abus de confiance ?

Témoin dans l’affaire, l’ancien premier adjoint au maire Jérôme Safar a déclaré que la journaliste qui a réalisé le reportage "a choisi un angle stigmatisant, qui a choqué". A côté de lui, Cynthia, une habitante de la Villeneuve, a évoqué son "sentiment de trahison". "Ce que j’ai dit n’a pas été retenu car c’était du positif. J’ai été décrite comme une mère isolée alors que je suis mariée, avec deux enfants" a-t-elle précisé.

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Or, "c’est presque plus un abus de confiance qu’une diffamation", a relevé la procureure, en remarquant que les habitants s’étaient sentis peut être plus "trahis" par ce documentaire que diffamé.Elle a également relevé le "problème crucial" de la recevabilité de la constitution de partie civile de l’association qui "n’est pas citée dans le reportage et ne peut par conséquence pas être considérée comme victime directe" d’une éventuelle diffamation.

A l'issue de l'audience, ce jeudi, le jugement a été mis en délibéré au 26 juin.

Vidéo sur le même thème : bande annonce "La Villeneuve, le rêve brisé"

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