Le compteur Linky, installé depuis plusieurs années par Enedis, filiale d’EDF a été pointé du doigt cette semaine par la Cour des comptes dans son rapport annuel. Planet s’est entretenu avec celui qui se bat depuis longtemps contre leur installation : Stéphane Lhomme.

Le compteur Linky a été un peu malgré lui la star du rapport annuel de la Cour des comptes. Elle juge que le programme profite surtout à Enedis, filiale d’EDF, en charge de leur installation, dont la nouvelle grille tarifaire différé permettra à l’entreprise d’empocher 500 millions d’euros. Ces conclusions ont été dénoncées par Enedis et la Commission de régulation de l’énergie (qui a établi les nouveaux tarifs) qui juge "l’analyse erronée" et estime que le rapport ne tient pas compte des bénéfices des compteurs lorsqu’ils seront installés.

Ce rapport a en revanche été salué très positivement par Stéphane Lhomme, militant écologiste et antinucléaire qui se bat fermement contre le compteur Linky depuis le début du programme en 2014. "Ce n’est pas une surprise pour nous mais c’est très important que ça soit mis sur la table. La Cour des comptes soulève un problème que nous pointons du doigt depuis longtemps, au regard notamment de la facturation", explique Stéphane Lhomme à Planet, ajoutant qu’aujourd’hui pas moins de 500 communes sont vent debout contre ce nouveau compteur connecté.

L’argument écologique

Contre le compteur Linky, La fronde se joue sur plusieurs terrains, le premier d’entre-eux est écologique. Le déploiement du compteur Linky entre dans la loi transition énergétique pour la croissance verte avec l’objectif de réduire la consommation énergétique des ménages. Une ambition qui ne tient pas la route pour Stéphane Lhomme. "Lors d’un Congrès européen de l’électricité qui a eu lieu à Vilnius à l’été 2017, l’industrie européenne de l’électricité a jugé que pour la gestion des réseaux, les compteurs communicants sont superflus et inutiles. Ensuite quand on nous parle de déchet… On est en train de remplacer 35 millions de compteurs parfaitement fonctionnels et de les détruire pour les remplacer par des compteurs qui vont durer 5 à 7 ans", déclare-t-il, ajoutant que des concurrents d’EDF proposent aujourd’hui des appareillages léger permettant de consulter sa consommation.

Vie privée et démocratie

Si le Linky cristallise, c’est aussi à cause de son aspect connecté. Le boitier enregistre effectivement les consommations de l’habitation, qu’il communique ensuite au fournisseur et le point d’accroche se situe notamment sur la courbe de charge. C’est-à-dire l’évolution de la consommation électrique de l’usager sur un temps donnée. La CNIL a imposé que les données remontées ne soient pas enregistrées sur un intervalle inférieur à 10 minutes et surtout elle a exigé que l’abonné donne son accord. Pour Stéphane Lhomme, ce n’est absolument pas un gage d’assurance : "Le relevé toutes les 10 minutes c’est de l’espionnage. Ça permet de déterminer qui est chez vous, combien de personnes. Quant aux assurances données par la CNIL, elles pourront être balayées en 10 secondes par n’importe quel gouvernement sous un nouveau prétexte".

En revanche, contrairement à ce qu’avait laissé croire une vidéo humoristique, le compteur Linky n’est nullement doté d’une caméra, d’un micro ou d’un détecteur de mouvement.

Au-delà des usagers, si le compteur connecté suscite débat, c’est parce qu’il questionne la propriété du mobilier électrique urbain. A qui appartiennent les compteurs déjà en place, et qui a le droit de les exploiter ? Si Stéphane Lhomme explique que "la bataille juridique c’est aujourd’hui de montrer que même si elles ont délégué leurs compétences d’électricité à un syndicat, les communes gardent la propriété des compteurs et donc leur devenir". Que Choisir note de son côté que "seul le gestionnaire de réseau a le droit de les [les compteurs] développer et de les exploiter". Sur ce point-là, les décisions se suivent et ne se ressemblent pas. Au mois de septembre, une commune située près de Betz-le-Château a réussi à faire retirer des compteurs faisant jouer une motion demandant à Enedis de respecter le choix des habitants. Une victoire démocratique pour Stéphane Lhomme et ceux qui le suivent.

Et la santé ?

Impossible enfin d’évoquer le compteur Linky sans parler des inquiétudes qu’il suscite pour la santé. Le boitier fonctionne sur CPL : courant porteur en ligne, qui permet de faire circuler des données directement via les câbles électriques. Cela suppose des rayonnements électromagnétiques qui inquiètent. Plusieurs rapports ont été produits sur le sujet, dont un, récemment, publié par l’ANSES (L’ Agence Nationale Sécurité Sanitaire Alimentaire Nationale). Elle conclut que les rayonnements sont dans les normes et que la probabilité est faible qu’ils aient des conséquences sur la santé. Toutefois, elle préconise aussi la poursuite d’étude sur le CPL et d’évaluer les niveaux d'exposition dans un emplacement où seraient implantés une multitude de compteurs et autres objets communicants.

Pour Stéphane Lhomme, si les normes "n’ont jamais protégé personne" ce qui l’inquiète se sont surtout les évolutions possibles du CPL. "Comme avec la 3G puis la 4G pour la téléphonie, on va passer au CPL G3, sur lequel aucune étude n’a été faite", dit-il en évoquant aussi les émetteurs radios Linky (ERL) qui se logent dans le compteur en bas à droite. Il s’agit en fait d’un projet parallèle de domotique, l’émetteur communiquant avec les équipements compatibles de la maison afin d’adapter la consommation. Son installation n’est nullement obligatoire.

Publicité
Stéphane Lhomme refuse cependant aujourd’hui de concentrer son argumentation contre Linky sur la seule question des ondes électromagnétiques et évoque des problèmes d'incendie ou de surfacturation. Les arguments sont affutés face au géant de l’électricité, auquel le militant oppose un réseau de bonnes volontés, aidé notamment par un cabinet d’avocats, Artemisia, spécialisé dans les droits de l’homme et de l’environnement. Sa difficulté aujourd’hui ? Faire nombre. Quand on lui demande pourquoi sur les 7 millions de compteurs déjà installés, seuls une minorité semble poser problème, Stéphane Lhomme répond : "C’est vous qui le dites. Aujourd’hui, il n’y a pas de statistique. Evidemment, personne n’a été mandaté par Enedis ou le gouvernement pour évaluer ces installations et les innombrables problèmes. Nous on fait de la veille dans la presse locale qui ne cesse de relever les problèmes que posent les compteurs Linky. Mais aujourd’hui, le rapport de la Cour des comptes donne du poids à notre argumentation".

Vidéo : Opposant au compteur Linky : Interview de Alain Le Douce

Recevez toute l'actualité chaque jour GRATUITEMENT !

X
Publicité

Contenus sponsorisés

Publicité