La Une polémique de Libération sur le supposé compte en Suisse de Laurent Fabius a mis le feu aux poudres dans le quotidien. Les journalistes dénoncent un passage en force de leur direction et un grave manquement à la déontologie.

Si le journalisme est "la névrose du scoop" comme l'ont écrit Pierre Assouline et Philippe Dampenon, alors on peut considérer la Une de Libération sur le prétendu compte en Suisse de Laurent Fabius comme tel. Ce n'est pourtant pas l'avis de la Société civile des personnels de Libération (SCPL), l'instance qui représente les salariés au Conseil d'administration du journal. Dans un communiqué, elle dénonce le fait que Libération "ait relayé ce matin une rumeur sans fondement sur un prétendu compte en Suisse de Laurent Fabius, avec pour effet de l’accréditer".

Journalistes contre hiérarchieLes représentants des journalistes mettent en cause leur hiérarchie : "cet épisode dommageable à l’image de Libération, qui engage la responsabilité de Nicolas Demorand (directeur de la publication, ndlr.), illustre une nouvelle fois la mauvaise gouvernance du journal". En conflit larvé avec une bonne partie de sa rédaction depuis sa prise de fonction en 2011, Nicolas Demorand avait déjà fait l'objet d'une motion de défiance de la part des salariés, il y a deux ans. Au-delà du simple conflit de personnes, c'est une question plus profonde sur la nature du journalisme, son rôle et son honneur qui est posée à l'heure où les élites, politiques comme médiatiques, sont largement rejetées par les Français.

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Qu'est-ce que le journalisme ?"Notre travail de journaliste ne consiste pas à rendre publique une rumeur, mais à enquêter pour savoir si elle correspond à des faits. Ce travail élémentaire n’a pas été fait" conclut la SCPL. A l'inverse, le directeur de la publication évoquait "un fait politique majeur". Pour son adjoint, Sylvain Bourmeau, "il était impensable de ne pas donner ces informations à nos lecteurs". Une définition du journalisme qui tendrait à rejoindre celle de Balzac, pour qui ce n'est rien d'autre "qu'une grande catapulte, mise en mouvement par de petites haines". Mais à trop croire qu'on peut s'affranchir des règles, on peut se bruler les ailes, l'affaire Cahuzac en apporte la preuve. 

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