"Dernière icone française", "La France orpheline"...  La mort de Johnny Hallyday dans la nuit de mardi à mercredi est vécue comme un drame national. Pour comprendre ce phénomène, Planet s’est penché sur l’impact du rockeur sur la société française.

Il suffit de poser la question autour de soi, de lire les témoignages sur les réseaux sociaux, qu’on l’aime ou pas, tout le monde connaît Johnny Hallyday. Rarement une personnalité française aura imprégné son époque de cette façon, et pour cause, l’apport du chanteur ne se mesure pas en seulement en notes de musique. "Même si cela peut paraître excessif au regard d’autres phénomènes comme Internet ou le communisme, oui, il a joué un rôle dans la société", assure Yves Santamaria, docteur en histoire et sociologie et auteur de Johnny, sociologie d’un rockeur.

Si le Guardian, le New York Times ou Variety n’hésitaient pas à titrer ce mercredi sur la mort du "Elvis Presley français", c’est d'abord bien parce que le chanteur a réussi à populariser le rock n’roll dans une France des années 60, en quête d’un nouveau souffle après avoir mis (loin) derrière elle la Seconde Guerre Mondiale.  

  

Alors que c’est pendant cette période que l’on commence à conceptualiser la ‘’mondialisation’’, Johnny Hallyday fait office de ‘’facilitateur’’ pour intoduire la culture américaine en France. "Il a joué un rôle en aidant à acclimater les USA et la culture américaine dans le Panthéon français avec ce côté passeur du rêve hollywoodien. Je le compare volontiers à Hugues Auffray qui a introduit Bob Dylan. Mais Johnny n’était pas un simple ‘’franchisé’’, il a apporté quelque chose de personnel dans cette acclimatation", explique Yves Santamaria.

Jeanne d’Arc, De Gaulle et Johnny

Si Johnny Hallyday, premier rockeur français, a pu aussi susciter un tel engouement, c’est parce qu’il est arrivé au bon moment, celui où la musique devient un bien de consommation et où le phénomène des ‘’idoles’’ notamment grâce à des magazines comme Salut Les Copains et les yé-yés, prend son envol : "A l’époque, il bénéficie d’une extraordinaire diffusion. L’offre proposée au public en termes d’artistes et de chansons était beaucoup moins éclatée et personne ne pouvait ignorer la ou les deux chaînes de télévision, ni même la radio nationale, qui envoyaient les mêmes musiques. On ne pouvait pas passer à côté de Johnny, d’autant plus qu’il était dans une certaine continuité des chanteurs de l’époque comme Aznavour. C’était un courant novateur qui n’était pas non plus en rupture."

Objet musical oui, objet médiatique tout autant, Johnny Hallyday c'est aussi les débuts de la culture ''fan'' en France.

 

Jeune, beau et talentueux,  l'effet Johnny Hallyday marque la génération des baby-boomers qui se cherchent alors de nouvelles idoles. "Outre la culture américaine, il a apporté une sorte d’icône de substitution après les grands hommes politiques ou les grands femmes, comme Napoléon, Jeanne d’Arc ou de Gaulle. C’est assez frappant de voir ce côté fédérateur qu’il a eu dans une France en guerre civile avec elle-même depuis la Révolution Française", détaille Yves Santamaria.

Faire exister les baby-boomers

Loin de rester l’apanage de la culture jeune de l’époque, l’effet Johnny Hallyday se propage très rapidement vers un public adulte, comme l’écrit Jean-François Sirinnelli, historien et auteur de Johnny, un lieu de mémoire. Pour rassembler à travers les générations, le chanteur passe notamment par le cinéma, où il débute au côté de Catherine Deneuve mais aussi en parlant à certaines valeurs : "Il rassure les aînés : en 1964, il remplit ses obligations militaires et, encore soldat, il épouse Sylvie Vartan l’année suivante". D’ailleurs même les politiques se battront pour l’avoir, de Jacques Chirac au Parti Communiste Français. Exemple récent de l’incarnation du mythe : c’est au rockeur que l’on fait appel pour un concert hommage après les attentats de novembre 2015. 

Pour autant, c’est bien à la génération des baby-boomers que Johnny Hallyday doit sa longévité, comme l’explique Yves Santamaria : "il incarne la génération des baby-boomers, et le fait que cette génération a pesé sur la société française où elle a occupé une place centrale. C’est une génération qui a occupé de l’espace dans toutes les strates de la société et qui a permis de continuer à transmettre la musique de Johnny Hallyday et toute ses références à lui avec".

C'est une hypothèse que formule aussi Sirinnelli en évoquant plutôt aujourd'hui la capacité des baby-boomers à saturer "l’espace sonore contemporain de leur nostalgie" et la capacité de Johnny Hallyday a avoir su se réinventer en rockeur sexagénaire malgré une carrière marqué par des périodes de désert.

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En stimulant les souvenirs de son public tout en étant toujours présent, la légende Johnny s’est donc auto-nourrit, celle-là même qui permet aujourd’hui de prêter au rockeur une valeur refuge, celle de la "France d’avant", de "la France profonde". Incarnation de l’avant, il permettait aussi de faire le lien entre ceux qui avaient connu ce monde et les autres.

Vidéo Johnny Hallyday, 60 ans de carrière

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