Cazeneuve et la langue de bois

Après le 13 novembre, pendant presque deux semaines, monsieur Bernard Cazeneuve m'a rassuré : présent, concentré, mesuré, bref, professionnel. De plus, monsieur Cazeneuve a compris que la police doit rester au service de la justice (j'ai déjà commenté la nécessité de cette prééminence de la justice). Enfin, les résultats obtenus par la police étaient impressionnants. Cette façade me semblait un rempart efficace contre le terrorisme.

Mais, le 26 novembre au soir, cette vitrine a volé en éclats. Bernard Cazeneuve était l'invité de l'émission Des paroles et des actes : j'ai été terriblement déçu, le mot est faible. En simplifiant à peine, la stratégie de l'invité était la même que celle de Manuel Valls, l'arrogance en moins : affirmer que son gouvernement avait tout bon et, quand une question trop précise était dérangeante, botter en touche en se réfugiant derrière les valeurs de la République.  

Et pourtant, les questions posées étaient saines et judicieuses. Monsieur Cazeneuve les connaissait à l'avance, mais cela ne me choque pas. Il était préparé ; il aurait pu faire des propositions. Ce qui est grave, c'est le refus de reconnaître les problèmes, ce sont les absences de réponses. Je vais donner les miennes : ce ne sont pas les seules possibles, mais cela prouve que l'on peut faire avancer le débat.

Calais : j'ai déjà qu'il serait très facile de vider l'abcès en interdisant l'accès de la région de Calais à tous ceux qui n'ont rien à y faire, même si ce ne sont pas des délinquants : l'astreinte à résidence, et donc à non résidence, fait partie des prérogatives de chaque pays, règles qu'il peut adapter au gré des circonstances.

Le port du hidjab : je pense que la loi actuelle est inadéquate (je fais une proposition alternative dans mon livre) ; le minimum était de reconnaître qu'une amende ne suffit pas en cas de récidive si ce port est considéré comme interdit.

Le prêche de l'imam de Brest : inciter des jeunes à ne pas respecter une femme qui ne porte pas le hidjab n'est-il pas suffisamment grave pour mettre en examen ? Faut-il rappeler qu'un imam qui prêche devant des jeunes a les mêmes devoirs que n'importe quel éducateur, surtout s'il intervient au nom d'une religion ce qui accentue le fait "d'avoir autorité" ? Faut-il aussi rappeler que le non respect de la femme est l'une des dérives les plus inquiétantes chez certains jeunes aujourd'hui ? Monsieur Cazeneuve a noté que, semble-t-il, cet imam n'a pas eu de propos antisémites : est-ce une raison suffisante pour le traiter différemment de Dieudonné (que je ne cautionne pas). Je rappelle que Dieudonné ne prétend pas être un éducateur mais un humoriste.

Terrorisme et réfugiés : j'ai récemment dit ce que j'en pensais. Sur ce thème, monsieur Cazeneuve a été particulièrement prolixe, ce qui montre, s'il en était besoin, qu'il est capable de réfléchir et de proposer des pistes d'action intéressantes ; ma seule réserve est que toutes ces propositions concernaient les autres pays de l'Europe. Pourtant, même en France, il y aurait beaucoup à dire. Par exemple, faut-il, en France, créer un fichier automatisé de tous les réfugiés, même si ce ne sont pas des délinquants ?

L'éducation : sur le long terme, c'est évidemment la clef de l'intégration réussie. Or, monsieur le ministre n'a pas répondu aux questions précises. Il a seulement affirmé son soutien à l'actuelle ministre de l'éducation et a rappelé que son gouvernement est exemplaire : celui-ci a créé des postes et est pétri de bonnes pensées républicaines. Bernard Cazeneuve a notamment évoqué le respect : comment propose-t-il de restaurer l'autorité des enseignants ?

Or, selon moi, c'est le même laxisme des bobos de gauche qui handicape la justice, l'éducation et l'emploi. Ce n'est pas en cautionnant ces dérives "post-soixante-huitardes" que monsieur Cazeneuve peut rassurer les Français.

Alors, pourquoi monsieur Cazeneuve a-t-il été sur ce plateau pour ne rien proposer ? "Que diable allait-il faire dans cette galère ?" Cette autodestruction était-elle exigée par sa hiérarchie ? Ou bien croit-il vraiment que le Français moyen est suffisamment débile pour être dupe ?

L'échange qui a suivi l'interview de Bernard Cazeneuve était intéressant et a donné un aperçu de la complexité du contexte politique et militaire. Parmi les points abordés, je redis que, selon moi, pour les démocraties occidentales, la priorité absolue doit être la protection du peuple kurde. Attention aussi à ne pas cautionner un excès de dommages collatéraux. Pour chaque peuple, y compris la France, la seule réponse efficace se trouve au sein du peuple lui-même.

Et le lendemain ? Au-delà des arrière-pensées politiciennes, l'hommage de la France était une étape nécessaire pour "faire le deuil" et assurer les blessés, dans leur être, dans leur corps ou dans leur cœur, de la solidarité de la nation.

En vidéo sur le même thème :Bernard Cazeneuve interpellé par un jeune homme dans Des paroles et des actes

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