Calais, l'absurdité au pouvoir

Je dois avouer que je ne comprends pas l'absurdité de ce qui se passe à Calais, alors qu'il serait si facile de vider l'abcès – ce qui, évidemment, ne résoudrait pas le problème général de l'immigration.

De tous temps, l'astreinte à résidence fait partie des pouvoirs d'un état. Il suffirait donc d'interdire de se trouver à moins de cent kilomètres de Calais : la "résidence" étant alors la planète moins ce petit périmètre. Cette interdiction ne concernerait pas les ressortissants de l'Union européenne, et d'autres. Elle pourrait être levée au moyen d'un visa.

La première infraction donnerait lieu à un simple avertissement ; la seconde serait passible d'un an de prison ferme.

Dans cette perspective, affréter un avion pour conduire cinq ou six immigrés à l'autre bout de la France me semble surréaliste. Construire un centre d'hébergement à proximité de Calais me semble tout aussi absurde. En général, Bernard Cazeneuve est compétent et avisé ; en fait, pour ce qui précède, ce n'est pas lui qui a vraiment le pouvoir. Plus précisément, la suggestion proposée plus haut m'oblige à aborder plusieurs autres points, car tout se tient.

Tout d'abord, le gouvernement de la France doit s'affranchir unilatéralement des règles de l'Union européenne quand celles-ci lui semblent inadaptées. Certains technocrates protesteront mais cela n'ira pas bien loin car, sans la France, comme sans l'Allemagne, il n'y a plus d'Europe. Demander, au préalable, l'accord de l'Union européenne est une "assurance de sclérose".

Par ailleurs, le rôle de la justice est d’apprécier la gravité d’une faute. La condamnation à passer un certain délai en prison doit alors être considérée comme une estimation de cette gravité et non comme un impératif  à prendre à la lettre. En général, la prison est une mauvaise solution. Elle doit donc être, le plus souvent possible, remplacée par une autre peine, quel que soit le jugement "théorique" initial. De plus, pour les prisonniers coopératifs et peu dangereux, il faut construire ou aménager des prisons dans l’esprit des "prisons du cœur" de Pierre Botton, mais avec beaucoup moins de "luxe".

Une dernière "remarque", en forme de mise au point historique, totalement "hors sujet" mais dont les lecteurs réguliers et attentifs comprendront l'opportunité : à la Chambre des députés, les élections législatives du 3 mai 1936 ont donné une écrasante majorité (386 contre 224) au Front populaire et il n'y a pas eu d'autres élections législatives avant le 10 juillet 1940 ; cette majorité n'a pas su se souder et s'organiser face à l'invasion allemande et c'est bien elle qui a, de fait, abandonné le pouvoir et permis au maréchal Pétain de le prendre. Certes, elle avait des excuses et ne peut être tenue responsable de ce qui s'est passé ensuite. Faut-il rappeler aussi que, jusqu'au 22 juin 1941, la majorité des communistes était hostile à la guerre contre l'Allemagne à cause du pacte germano-soviétique ? A-t-on encore le droit d'affirmer ce qui précède ? Est-ce du révisionnisme ?

Dans tous les domaines, notamment politiques ou syndicaux, l'abandon du pouvoir, comme son ersatz, la politique de la chaise vide, est rarement une bonne option. Encore faut-il, pour juger, disposer de suffisamment d'informations.

En vidéo sur le même thème : "L'indignité de la jungle de Calais"