Selon un journaliste qui travaillait près des locaux de Charlie Hebdo, un des frères Kouachi aurait menacé l’hebdomadaire satirique trois mois avant les attentats.

Un an après les attentats de janvier qui ont débuté avec la tuerie à la rédaction de Charlie Hebdo, plusieurs questions restent en suspens. Notamment une : des erreurs ont-elles été commises par les services de renseignements français ? Au vu de la déclaration d’un journaliste qui travaille pour l’agence "Premières lignes", un voisin de l’hebdomadaire satirique, il semblerait bien que oui. Selon le Canard enchaîné de ce mercredi, un individu a fait du repérage devant le bâtiment de la rédaction de Charlie Hebdo trois mois avant les attentats.

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"Ça va leur apprendre à critiquer le prophète !"

C’est le journaliste de l’agence qui, au cours d’une pause cigarette en bas du bâtiment, en a fait la découverte. A l'époque, il remarque qu'un "monospace de couleur sombre stationne sur une place de livraison. Les vitres du véhicule étaient ouvertes (...) [le conducteur] mains sur le volant avait l'air de parler seul. Il disait : «Ça va leur apprendre à critiquer le prophète!»", a relaté le journaliste au collègue de Franck Brinsolaro, le policier chargé de la protection de Charb tué lors des attentats.

Intrigué par cette scène, le journaliste s’avance et entame une conversation avec l’homme vociférant, qui reconnaîtra a posteriori comme étant Chérif Kouachi. "C’est bien ici les locaux de Charlie Hebdo ? C’est bien ici qu’on critique le prophète ? De toute façon, on les surveille !", a sorti le futur terroriste avant d’ajouter au moment de partir : "Vous ferez passer le message".

Le journaliste prévient la police qui ne donne pas suite

Ce que fera le journaliste, relatant à la police cet échange et relevant même la plaque d’immatriculation du véhicule. Le policier lui dit alors qu’il le tiendra informé des suites de son témoignage. Mais si "la matérialité des appels puis la rédaction d’un rapport ont été établies" comme le confirme la police des polices au Canard enchaîné, ce rapport a disparu par la suite du dossier d’instruction sur les attentats de janvier 2015.

Le jour des attentats, d’autres failles auront lieu. Un policier présent sur place a alerté par radio du danger de la situation. Mais le message a été brouillé par une communication de la préfecture de police, celle-ci étant prioritaire sur cette fréquence, qui demandait à en savoir plus sur l'attaque. Et pour couronner le tout, les policiers patrouillant dans le secteur ne savaient même pas que les locaux attaqués étaient ceux de la rédaction de Charlie Hebdo, un policier ayant même cru que c’était au départ une attaque de banque, comme il est dit dans un reportage diffusé sur France 3 lundi dernier.

"Il disait que c’était une passoire"

Une défaillance qui a interpellé Ingrid Brinsolaro, la femme du garde du corps de Charb tué lors de l’assaut des frères Kouachi. La veuve, qui a décidé de porter plainte contre X, s’étonne du dispositif de sécurité très léger aux abords d’un journal dont le rédacteur en chef est sur une liste des personnes à abattre. "Il [son mari] disait que c’était une passoire", s’est souvenue Ingrid Brinsolaro au micro de RTL mardi.

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Même remarque de la part de Maryse Wolinski, la veuve du caricaturiste, qui critique le dispositif de sécurité qui avait été allégé quelques mois plus tôt. "J'ai été très agacée de penser que la fourgonnette de police qui surveillait Charlie avait disparu en novembre, plus de barrières, plus de policiers devant la porte.", a-t-elle déclaré lundi sur Europe 1.

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