Six personnes qui avaient été retenues en otages par Amedy Coulibaly dans l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes (Paris) en janvier dernier ont décidé de porter plainte contre plusieurs médias pour mise en danger d’autrui.

Il y a trois mois, le terroriste Amedy Coulibaly prenait une dizaine de personnes en otages dans l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes à Paris. Une attaque qui faisait suite à celle de Charlie Hebdo quelques jours plus tôt et que les médias ont largement relayée. Certains plus que d’autres. En effet, des radios et des chaînes de télévisions sont allés parfois très loin pour couvrir les évènements. Des informations sur le déroulé des opérations en cours, avec notamment le positionnement des forces armées et de certains otages, ont été diffusées alors même que le terroriste était encore retranché. Et alors que l’on ignorait à ce moment-là si Amedy Coulibaly suivait les informations en direct, ces dernières auraient pu le renseigner et ainsi compromettre l’intervention du Raid, mais aussi mettre en péril la vie des otages.

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Aussi, plusieurs anciens otages ont récemment décidé de s’élever contre ces médias. Le 27 mars dernier, le parquet de Paris a ainsi ouvert une enquête préliminaire consécutive à une plainte contre X pour "mise en danger de la vie d’autrui" déposée par plusieurs victimes de l’attaque de l’Hyper Cacher. Dans leur viseur notamment, une journaliste de BFM TV à qui elles reprochent d’avoir déclaré à l’antenne et en marge de la prise d’otage : "Il y a une personne, une femme, qui se serait cachée dès le début, dès l'arrivée de cet homme à l'intérieur du supermarché, qui s'est cachée dans une chambre froide, qui s'est réfugiée dans la chambre froide et qui y serait encore, qui serait à l'intérieur de la chambre froide, donc à l'arrière de l'établissement".

"Des pousse-au-crime"

Cette information n’a été relayée qu’une seule fois mais les ex-otages estiment qu’elle a suffi à mettre leurs vies en dangers. "La divulgation de la présence de ces personnes cachées, en pleine prise d'otages, est une faute qui ne peut rester impunie, d'autant qu'on savait très bien que le terroriste regardait la chaîne", a expliqué leur avocat Me Patrick Klugman. Leurs vies "auraient été exposées si Coulibaly avait eu connaissance en temps réel de l'information diffusée par BFMTV", a-t-il estimé. D’autre part, les plaignants reprochent également à la chaîne d’informations en continu d’avoir été en contact avec le terroriste pendant la prise d’otages. "Les méthodes de travail des médias en temps réel dans ce genre de situation, sont des pousse-au-crime", a dénoncé leur conseil avant de s’interroger : "La question est de savoir qui est responsable de ce délit ? La personne morale ? La direction de l'information ? Le journaliste ?". Et celui-ci d’ajouter : "Il n'y a que devant un tribunal que le délit pourra être réparé".

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La mise en danger de la vie d'autrui est passible d'un an de prison et de 15 000 euros d'amende. Le 11 février, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) avait épinglé 16 médias pour leur traitement de l’information lors des attentats de Paris. Une vingtaine de mises en demeure avaient alors été distribuées.

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