L’enquête avance concernant l’attaque de vendredi dernier dans le Thalys. Des perquisitions ont eu lieu dans la région de Bruxelles-capitale. Le suspect, Ayoub El Khazzani, a été présenté aux juges anti-terroriste et a été placé en détention provisoire.

Au cours de sa conférence de presse, le procureur de la République de Paris, François Molin, a donné de nombreuses informations sur le parcours de l'auteur présumé de l'attaque et sur le déroulement des faits.

"Vendredi, un individu s'enfermait à l'intérieur des toilettes situées entre les voitures 12 et 13 en première classe, en possession d'un sac à dos et d'une valise à roulettes. Un passager de nationalité française se dirigeait vers les toilettes et patientait 3 à 4 minutes jusqu'à ce que la porte s'ouvre. Ayoub El Khazzani sortait torse nu, un sac à dos sur le ventre, et une arme de type kalachnikov en bandoulière. Le passager tentait de le maîtriser en le saisissant avec les deux mains, et en le repoussant vers le porte-bagages, parvenait à le bloquer environ 15 secondes".

"El Khazzani sortait une arme de poing tout en appuyant sur la détente mais aucune balle ne sortait"

Puis, toujours selon le procureur de la République de Paris, le suspect "profitait de l'arrivée d'un contrôleur pour se dégager et se diriger vers la voiture 12. Il faisait alors usage d'une arme et plusieurs détonations étaient entendues par les passagers. Il se retournait vers le premier passager et le mettait en joue mais le passager parvenait à prendre la fuite et alertait le personnel du train Thalys. Entendant les détonations et apercevant le suspect, deux hommes de nationalité américaine décidaient d'intervenir". Le magistrat a ensuite précisé qu' "au moment où l'individu faisait un mouvement vers le haut sans doute pour prendre son arme, Spencer Stone courait vers le mis en cause, le mettait au sol tandis que l'autre le désarmait. El Khazzani sortait une arme de poing tout en appuyant sur la détente mais aucune balle ne sortait. Alexander Skarlatos réussissait à lui arracher cette seconde arme. Dans la bagarre, El Khazzani utilisait un cutter et blessait Spencer Stone à trois reprises, deux fois derrière le cou et une fois à la main. Malgré cela, les deux Américains aidés de plusieurs passagers, parvenaient à maîtriser Ayoub El Khazzani qui perdait connaissance et était ligoté les mains dans le dos".

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Au cours de sa conférence de presse, François Molins a également décrit l'arsenal du tireur : "Dans ses sacs, 270 munitions pour un fusil d'assaut AKM, un pistolet luger, un cutter, une bouteille de 50 cl contenant de l'essence". Deux téléphones ont également été retrouvés dans les affaires d’Ayoub El Khazzani, mais il semblerait que l’un d’eux appartenait à un passager du train. En revanche l’autre téléphone a permis de découvrir que le suspect avait regardé une vidéo de chants jihadistes exhortant les fidèles au combat dans le train juste avant l’attaque. De plus, toujours selon le procureur de la République la carte sim du téléphone a été activée le jour de l'attaque.

Enfin, il apparaît que lors de l'achat de son billet de train en première classe, la guichetière lui a proposé de prendre le train précédent où il y avait encore des places ce qu'il a refusé. Les enquêteurs en déduisent que l'attaque était ciblée et préméditée. Les témoignages des passagers du train ont montré qu'Ayoub El Khazzani était "déterminé".

Des déclarations "fantaisistes"

Le suspect vient de finir ses 96 heures de garde-à-vue et a été présenté aux juges anti-terroriste qui ont décidé de le placer en détention provisoire. Une information judiciaire a été ouverte pour tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste.

"Deux perquisitions ont été menées hier soir, lundi 24 août 2015, dans le cadre du dossier anti-terrorisme du parquet fédéral relatif à l'attentat commis dans le train Thalys le vendredi 21 août", explique Eric Van Der Sypt, porte-parole du parquet fédéral de Bruxelles. Les perquisitions ont eu lieu dans la commune de Molenbeek-Saint-Jean chez la sœur du suspect et chez un ami. Les enquêteurs ont découvert qu'Ayoub El Khazzani y avait résidé pendant quelques jours selon le procureur de la République de Paris. Seulement quelques objets ont été récupérés par les policiers mais aucune interpellation n’a eu lieu.

Ayoub El Khazanni possédait une carte de résident espagnol, lorsqu'il habitait en Espagne il fréquentait une mosquée prônant un discours radical et dont son frère était trésorier. Il a par la suite vécu quelques mois en 2014 à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Il a ensuite alterné entre des séjours en Belgique, à Cologne (Allemagne) et à Vienne (Autriche). En revanche il nie être allé en Turquie et en Syrie.

Ses déclarations sur l'attaque sont jugées "fantaisistes" par le procureur. Il dit avoir trouvé une valise remplie d'arme dans un parc près de la gare du Midi à Bruxelles et avoir voulu rançonner les passagers du train.

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Par ailleurs, des journalistes de De Standaard ont consulté le profil Facebook de la sœur du suspect. Ils y ont découverts des articles négationnistes concernant les attentats de Paris au mois de janvier mais aucune référence à des organisations jihadistes.

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