A l’occasion de la sortie de son livre Chirac : une famille pas ordinaire, Anh Dao Traxel, la jeune boat people devenue la fille de cœur des époux Chirac en 1979, a accepté de se confier à Planet.fr sur ses relations avec sa famille d’accueil.

©AFP

Planet : Vous évoquez un 'rêve éveillé' pour décrire le moment où la famille Chirac vous a accueillie en France. Pourquoi ?Anh Dao Traxel : "J’étais une réfugiée politique qui venait de quitter les camps du Vietnam et arrivait dans le pays qui l’avait toujours fait rêver. En seulement quelques heures d’avion, j’étais passée de l’enfer au paradis. J’avais 21 ans à l’époque, j’en ai 57 aujourd’hui mais je tremble encore quand j’y repense. J’étais tellement émerveillée : tout me semblait nouveau et beau. J’avais devant moi la liberté et la promesse d’un avenir où la misère n’aurait pas sa place. Et puis, quand Jacques Chirac, ce grand homme, est venu à ma rencontre, je me suis vraiment sentie rassurée. Il m’a sauvée !

Planet : Aujourd’hui, vous accusez les époux Chirac de vous avoir utilisée à des fins électorales. Que voulez-vous dire ?Anh Dao Traxel : Quand j’ai débarquée dans leur vie, j’étais jeune et je ne connaissais pas grand-chose. Aujourd’hui, je me rends compte que je faisais partie d’une famille très politisée et que celle-ci s’est servie de moi. Rien que mon accueil à l’aéroport par Jacques Chirac en personne en 1979 a servi ses ambitions politiques. C’était un geste fort pour montrer qu’il accueillait une réfugiée et inciter d’autres Français à le faire. J’ai aussi remarqué, plus tard, que j’étais la seule à avoir été accueillie par une famille parisienne. Tous les autres réfugiés avec qui je suis venue en France ont, eux, été envoyés en province… Mais tout a véritablement basculé en 1995 quand Jacques Chirac a été élu président de la République. A partir de ce moment-là, j’ai compris que je n’avais plus ma place dans cette famille. Je sentais que j’ennuyais Bernadette quand je l'appelais pour prendre des nouvelles. Au téléphone, elle m’a même dit : ‘Qu’est-ce qu’elle veut encore au président, la petite ?'…

Planet : Avez-vous souffert de cette situation ?Anh Dao Traxel : Oui beaucoup. Et j’en souffre toujours. Je n’ai plus le droit de voir Jacques Chirac. Bernadette m’en empêche et je ne comprends pas pourquoi. Aujourd’hui je suis exclue de ce clan et je regrette beaucoup cette situation. Jacques, Bernadette et leurs filles sont ma famille adoptive, on ne peut pas le nier. Nous avons partagé de très bons moments ensemble. C’est très dommage d’en arriver là.

Planet : Selon vous, à quoi ce changement d’attitude à votre égard est-il dû ?Anh Dao Traxel : Dans cette famille, Jacques Chirac est le noyau central et ses femmes (son épouse et leurs deux filles, ndlr) font barrage pour le protéger. Ainsi, Bernadette est comme une guerrière qui m’empêche de voir mon père de coeur. Je pense qu’elle et ses filles ont plusieurs raisons d’agir de la sorte à mon encontre. Elles ont tellement souffert pour aider Jacques à atteindre son objectif d’être un jour président que peut-être elles n’ont ensuite pas eu envie de partager cette victoire avec moi. Il y a aussi le fait que je prends sans doute trop de place dans cette famille qui a traversé beaucoup d’épreuves. Je pense notamment à la maladie de Laurence (atteinte d’anorexie mentale et qui a tenté plusieurs fois de se suicider, ndlr). Enfin, mon comportement à l’égard des médias doit également les agacer. Mais si je parle aux journalistes et écris des livres ce n’est pourtant pas pour régler mes comptes car je ne leur en veux pas. Tout ce que je souhaite c’est exprimer ma profonde déception.

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Planet : Vous êtes donc sans nouvelles de Jacques Chirac…Anh Dao Traxel : La dernière fois que je l’ai vu c’était en 2012. Depuis, je n’ai pas eu de nouvelles. Je n’ai donc pas d’informations précises sur son état de santé mais je sais qu’il est malade. C’est un fait. Aujourd’hui, j’aimerais le revoir pour lui demander s’il se souvient lui aussi de ce fameux jour où il m’a accueillie à l’aéroport. J’aimerais aussi lui dire merci pour tout ce qu’il a fait pour moi. Mais je n’en ai pas le droit et c’est injuste".

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