Le 9 octobre dernier, Leonarda et sa famille on été expulsées de France pour le Kosovo, créant une forte polémique dans l’Hexagone. Aujourd’hui les autorités françaises s’interrogent sur le père, Resat Dibrani, après avoir découvert qu'il avait menti.

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Alors qu’en France les lycéens bloquent leurs établissements pour protester contre cette expulsion, et que certains politiques demandent la démission du ministre de l’Intérieur, les autorités ont plus d’informations sur la famille Dibrani, notamment sur le père, qui a connu des démêlés judiciaires et se révèle avoir menti.

Un père violent

Le père de Leonarda, Resat Dibrani, serait violent avec ses deux filles. "Resat a eu des problèmes avec la justice car il avait tapé ses filles", confirme Gérard Guinot, porte-parole du comité de soutien aux sans-papiers du secteur de Pontarlier (Doubs). Il "frappait ses enfants, ce qui lui a valu d’être convoqué par deux fois devant un juge pour enfants en début d’année". Mais Léonarda et sa sœur, Maria, "s’étaient alors rétractées", il n’y a donc pas eu de condamnations.

Début 2013, la mère avait porté plainte contre son mari pour violence envers ses filles. "Leonarda et Maria ont été placées en foyer pendant deux semaines pour leur protection. Elles ont ensuite discuté avec leur père et elles sont rentrées habiter avec lui". La mère avait alors retiré sa plainte. Le parquet de Besançon n’avait pas assez d’éléments pour poursuivre Resat Dibrani en justice.

La jeune fille défend pourtant son père :"S'il était violent, je ne serais pas là. Il m'a frappée que deux fois", a déclaré Leonarda au micro de BFM-TV.

Un père menteur

Le père s’est confié à l’agence de presse Reuters. Il dit avoir menti aux autorités françaises pour ses demandes d’asile. Ni sa femme ni ses enfants ne seraient nés au Kosovo. "Toute la famille, ma femme et mes enfants, sont nés en Italie. Ils n'ont rien à voir avec le Kosovo. Ils sont nés en Italie et puis nous sommes venus en France. Nous avons menti aux autorités en disant que nous étions du Kosovo", a-t-il reconnu. "Nous demandions l'asile en France et nous avons dû détruire nos papiers italiens pour ne pas être renvoyés en Italie", ajoute-t-il. Resat Dibrani dit avoir lui-même quitté le Kosovo en 1973 ou 1974. Qu’en est-il alors de la vérité ?

Autre révélation du père : son certificat de mariage serait faux, il l’aurait acheté 50 euros à Paris en 2011.

Pas impliqué pour s’intégrer

L’homme de 43 ans a de plus montré "un manque d’implication et de volonté d’intégration". En cinq ans, il n’aurait jamais réussi a "décrocher la moindre promesse d’embauche", selon RTL. "En fait il ne cherchait pas de travail, vivait de petits boulots, d’une aide du conseil général" indique la radio. Tout cela, ajouté à ses violences sur ses enfants, expliquerait les nombreux refus des demandes de régularisation en France de la famille.

"Il aurait également menacé en avril dernier de faire exploser le centre d’accueil des demandeurs d’asiles où la famille résidait si les policiers venaient à l’expulser", précise la radio.

Quel avenir pour la famille ?

Le père de Leonarda est prêt à rester au Kosovo si sa famille retourne en France. C’est également le souhait de Leonarda. "Les enfants ont peur parce qu'ils ne connaissent pas la langue, ici. Ils pleurent nuit et jour. Ils disent, 'Papa, qu'est-ce que tu nous as fait ?' Je leur dit que ce n'est pas ma faute mais celle de la France".

Leonarda, a priori kosovare rom de 15 ans, a été expulsée de France le 9 octobre dernier, avec toute sa famille, arrêtée par la police alors qu'elle se trouvait en pleine sortie scolaire. La famille vivait depuis quatre ans et dix mois en France.

"On n'a jamais prétendu que M. Dibrani était un homme modèle", a précisé Fabrice Riceputi, membre de Réseau éducation sans frontières (Resf) qui a médiatisé l'expulsion de la jeune fille.

L’Elysée, de son côté, va sortir de son silence : "Si le rapport [de l'enquête administrative] le recommandait, la circulaire de 2012 relative à l'admission exceptionnelle au séjour des personnes étrangères en situation irrégulière pourrait être précisée afin de sanctuariser l'école et le temps de la vie scolaire", a déclaré une source proche de François Hollande. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a quant à lui répété que le gouvernement prendrait ses "responsabilités" au vu des résultats, attendus vendredi.

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Cette affaire a, en plus de créer des polémiques au sein de la société, perturbé la vie politique. Certains, comme Jean-Luc Mélenchon ou encore Noël Mamère, ont appelé à la démission du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls. D'autres, comme Claude Bartolone, sans appeler ouvertement au départ du ministre, ont critiqué avec force les circonstances de l'expulsion de la jeune fille.