Alors qu’une manifestation mêlant migrants et groupuscules d’extrême gauche a dégénéré samedi dernier, le nouveau président de la région, Xavier Bertrand, en a appelé à l’armée. 

Depuis samedi dernier, les affrontements survenus en marge d’une manifestation de groupuscules d’extrême gauche soutenant les migrants de la "Jungle" de Calais (Nord-Pas-de-Calais-Picardie) ont pris une proportion importante.

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Il faut dire que cette manifestation réunissant environ 2 000 migrants et militants d’extrême gauche (NPA, Antifascistes, No Borders) a dégénéré : plusieurs centaines de personnes ont bloqué le port pendant quelques heures tandis que plusieurs dizaines d’entre elles ont réussi à s’infiltrer brièvement dans un ferry. Par ailleurs, une statue du général de Gaulle et de sa femme, Yvonne, a été dégradée avec ses mots peints : "Nik la France", tandis qu’un père et son fils, apparemment opposés à cette manifestation, ont été pris pour cibles par des manifestants d’extrême gauche qui leur ont jeté des projectiles. La tension est montée d’un cran quand le fils est sorti de la maison familiale avec un fusil pour faire fuir les agresseurs.

En tout, 35 individus, dont 26 migrants, ont été interpellés, et six migrants et deux militants "No Borders" ont été jugés en comparution immédiate lundi. Quant à l’homme qui a sorti un fusil, il sera poursuivi, a indiqué mercredi La Voix du Nord.

A noter que le lendemain des faits, environ 2 000 personnes aussi ont organisé une manifestation dans les rues de Calais pour "soutenir les emplois" durement impactés par la mauvaise image de la "Jungle" qui fait fuir les touristes. "Notre marche avait pour objectif d'alerter les médias et les pouvoirs publics actuellement concentrés sur les migrants. Nous voulons dire qu'il n'y a pas que des migrants à Calais mais aussi des familles, des entreprises, des commerçants... Pour eux, la situation est extrêmement compliquée car il y a une défiance des gens qui préfèrent éviter la ville maintenant", a expliqué au magazine Challenges Frederic Van Gansbeke, porte-parole des commerçants et artisans de Calais.

Pour Xavier Bertrand, "la situation devient incontrôlable"

Le maire (LR) de Calais, Natacha Bouchart, a déclaré que ce qui s’est passé "est un échec du gouvernement", avant d’inviter le président Hollande à venir "solennellement sur place à Calais pour régler les problèmes liés au camp" de migrants. Pour Xavier Bertrand, le nouveau président (LR) de la région, "la situation devient incontrôlable : il faut agir !" Et l’ancien maire de Saint-Quentin d’appeler à "des renforts militaires" qui "deviennent de plus en plus indispensables".

"Les immigrationnistes dans leurs œuvres à Calais. Le Général souillé par la haine de la France. Honteux.", a tweeté Florian Philippot, vice-président du FN. Du côté du gouvernement, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a rappelé "la détermination totale du gouvernement à assurer l’ordre public à Calais, face à la situation migratoire".

Le froid, les problèmes sanitaires et de violences aggravent la situation sur place

Ce qui s’est passé à Calais la semaine dernière est la résultante de plusieurs facteurs. Parmi ceux-ci, "l’arrivée du froid hivernal qui a rendu la vie plus difficile dans la « Jungle », et l’exaspération des migrants qui arrivent de moins en moins à passer en Angleterre et qui sont dans une absence de perspective", confie à Planet.fr Nathanaël Caillaux, coordinateur de la Plateforme de service aux migrants. Chaque jour, on note tout de même qu’un millier de migrants essaie de faire cette traversée. A cela s’ajoutent des problèmes sanitaires et de violences endémiques entre migrants eux-mêmes et avec les policiers et gendarmes.

A ce sujet, le bénévole, qui travaille par ailleurs avec les "No Borders" comme "avec tout le monde", dénonce "la réaction disproportionnée des forces de l’ordre à l’égard des migrants", et plus généralement "le souhait de l’Etat de criminaliser la solidarité", faisant référence aux interpellations de militants d’extrême gauche lors de la manifestation de samedi dernier, et à ces personnes traduites devant la justice pour avoir voulu faire passer des migrants en Angleterre.

Reste que la situation est tendue, non seulement avec les forces de l’ordre mais aussi avec les pompiers qui sont sans cesse sollicités dans la "Jungle" pour des départs de feu, des rixes… Et quand ils arrivent sur les lieux, l’accueil n’est pas des plus chaleureux, comme le 27 janvier dernier où un véhicule de pompier a été caillaissé par des migrants qui ont notamment jeté un rondin de bois sur le pare-brise du véhicule. Depuis, les pompiers demandent à chaque fois une escorte policière. "A la différence d'actions individuelles que nous avons connues, désormais ces réfugiés se structurent, s'organisent, se soulèvent en masse et se rebellent à l'autorité", indique un document interne que Francetv Info a pu lire.

La situation semble partie pour durer

Sur place, la situation semble s’enliser alors que le nombre de migrants espérant se rendre au Royaume-Uni ne cesse d’augmenter, faisant de leur campement insalubre "le plus grand bidonville d’Europe", comme il a été surnommé. "La situation est effectivement au point mort en ce moment", explique Nathanaël Caillaux, qui pointe l’absence de volonté étatiste et le manque de places de logements proposées aux migrants. Devant l’afflux de ces derniers, un second campement a même vu le jour entre Calais et Dunkerque, à Grande-Synthe, encore plus insalubre. On parle de 6 500 migrants répartis sur les deux camps, en majorité des hommes venus de Syrie, d’Irak ou d’Afrique. Environ 400 femmes et enfants sont eux hébergés dans un centre d’accueil.

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Preuve que la situation est là pour durer, récemment a été installée une centaine de conteneurs transformés en habitations de fortune afin d’héberger les migrants dans un abri en dur. Chaque jour, la gestion des migrants coûte de plus en plus cher. Que ce soit pour payer le chauffage et l’électricité du campement de containeurs, les renforts de policiers et gendarmes (100 000 euros par jour), alors que 50 millions ont été débloqué par l’Etat afin de régler la situation sur place.

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