Ça y est, ce que l'on redoutait s'est produit : la France a été dégradée par l'agence Standard & Poor's. La perte du AAA a des conséquences bien réelles sur la croissance et l'emploi.

Cette fois, le couperet est tombé : l'agence Standard & Poor's a dégradé la note de la France de AAA à AA+.

La perte du AAA, la meilleure note possible en matière d'endettement des états, peut sembler lointaine et abstraite, pourtant elle aura des conséquences "sonnantes et trébuchantes" sur l'économie française.

 

1. Des taux d’emprunt qui montent, qui montent...

Le taux d’emprunt à dix ans de la France avait déjà grimpé après l’annonce, à la mi-octobre, du fait que l'agence Moody's se donnait trois mois pour réévaluer la perspective de la note de la France. Standard & Poor's lui avait emboîté le pas au début du mois de décembre.

Le taux appliqué à la France pour emprunter à 10 ans était alors passé de 2,54% début octobre à 3,17%. 

"Le métier des marchés, c’est d’anticiper. Ils anticipent la dégradation de la note de la France depuis plusieurs mois. On paie déjà un taux qui est bien supérieur à celui payé par l’Allemagne", décrypte Henri Sterdyniak, directeur du département économie de la mondialisation de l'OFCE.

Que la note de la France soit effectivement dégradée ou non, le pays a donc déjà commencé à payer les conséquences de l'inquiétude des marchés. Le coût de sa dette s'est renchéri.

La perte du triple A viendrait toutefois aggraver une situation déjà bien dégradée. "La France peut dériver vers des taux de 6 ou 7% comme l'Espagne", explique Henri Sterdyniak.

 

2. 150 000 emplois menacés... si les taux se maintiennent

Chaque point de hausse du taux auquel la France se finance sur les marchés représente pour l'État  des sommes colossales à débourser : un point de plus équivaut environ à 2 milliards d'euros.

Si elle doit payer des taux d'intérêt plus élevés tout en continuant à réduire son déficit, la France devra couper à nouveau dans les dépenses publiques. "On rentre dans une spirale infernale, catastrophique sur le plan économique et social", déplore Henri Sterdyniak.

"Deux points supplémentaires sur le taux d’emprunt à dix ans nous coûteraient 0,6 points de PIB, c’est à dire 150 000 emplois, calcule-t-il. Cela augmenterait fortement les chances que la croissance soit négative l’année prochaine".

Cependant, chaque année, la France ne doit refinancer qu'environ 12% de sa dette : elle rembourse les obligations qui arrivent à terme et émet de nouvelles dettes pour les remplacer. Pour les titres qu'elle rembourse, elle ne paie pas les taux d'intérêt qui viennent d'entrer en vigueur, mais ceux qui avaient été fixés au moment de leur émission.

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"L'impact de l'évolution des taux d'intérêt est donc très graduel, explique Frédérik Ducrozet, économiste de marché pour Crédit Agricole CIB. On ne peut calculer cet impact des taux sur le PIB que s'ils restent au-dessus des 3,5% pendant au moins 3 ans".

 

par Béatrice Roman-Amat

 

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