Le journaliste Renaud Dély raconte dans son dernier ouvrage comment la candidate du Front national à la présidentielle a conquis la tête de son parti.

Marine Le Pen prétend avoir rompu toute relation avec son père. Mais la candidate du Front national à l’élection présidentielle, donnée en tête du premier tour par les sondages, est bien l’héritière politique de Jean-Marie Le Pen. Renaud Dély, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire Marianne, le montre dans son nouveau livre, La Vraie Marine Le Pen. Une Bobo chez les fachos (Plon, 14,90 euros), passionnant portrait nourri d’entretiens.

Lorsque qu’elle devient présidente du FN, au congrès de Tours, en janvier 2011, elle ne brise pas encore l’idole du parti d’extrême droite, au contraire. Devant les militants qui l’ont plébiscitée, Marine Le Pen prononce ‘‘un hommage vibrant et sans aucune réserve ni la moindre nuance, à l’œuvre intégrale de son géniteur’’, rappelle le journaliste. Elle assène, occultant les saillies racistes et antisémites de l’homme qui lui a transmis le ‘‘sceptre frontiste’’ : ‘‘‘Nous mesurons désormais à quel point Jean-Marie Le Pen a eu raison.’’’

La ‘‘pistonnée’’ de son père

Candidate à un scrutin dès l’âge de 20 ans – c’était sur une liste des municipales à Saint-Cloud, en 1989 –, responsable en 1998 du service juridique que crée à sa demande son père au sein du parti après l’échec de son activité d’avocate, élue cette même année conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais, députée européenne en 2004… Marine Le Pen est ‘‘une pistonnée’’, juge Renaud Dély.

Carl Lang, ancien secrétaire général du FN, rapporte avoir, à ‘‘l’hiver 2016’’, déclaré à son ancien chef : ‘‘‘Jean-Marie, on t’a prévenu, on t’a mis en garde, on te l’a dit et répété pendant dix ans, que Marine allait te trahir et qu’elle trahirait le Front.’’’

Une traîtresse, Marine Le Pen ? Avant d’obtenir l’exclusion de Jean-Marie Le Pen du parti, en 2015, pour des dérapages et parce qu’il lui est devenu insupportable, elle l’a poussé à mettre à l’écart plusieurs responsables historiques du FN : Carl Lang ainsi que Marie-France Stirbois, Jean-Claude Martinez, Jacques Bompard ‘‘et beaucoup d’autres’’, selon Renaud Dély. Ils risquaient de faire de l’ombre à l’héritière, d’entraver son ascension.

La ‘‘priorité nationale’’

Mais la présidente du FN n’a pas renié une partie des idées de Jean-Marie Le Pen auquel, ‘‘fille jumelle (…), elle ressemble de plus en plus’’ physiquement, remarque le journaliste. Dans son programme, ne promet-elle pas de mettre en place la ‘‘priorité nationale’’, nouvelle appellation de la ‘‘préférence nationale’’ souhaitée par son prédécesseur ?

Elle a certes renoncé à une partie de l’héritage. Elle ne succombe pas aux ‘‘tentations antisémites’’ de son père. Se voulant la ‘‘défenseure des communauté cibles de l’islam radical, à commencer par les femmes et les homosexuels (…), elle incarne une nouvelle tendance de l’extrême droite du XXIe siècle, branchée et ‘moderne’, presque… ‘cool’ !’’, analyse Renaud Dély. À rebours de sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, une protégée du patriarche, elle n’a pas manifesté contre le mariage pour tous.

Mais la grande différence de la présidente du FN avec son père, c’est sa volonté réelle de conquérir la magistrature suprême. Le 21 avril 2002, apprenant sa qualification au second tour de l’élection présidentielle, Jean-Marie Le Pen a un visage triste, il n’exprime aucune joie, montrent des images tournées par le réalisateur Serge Moati. Comme si, après des années de combat politique, l’exercice du pouvoir ne l’intéresse pas et l’inquiète, de surcroît.

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Le candidat vit ce jour l’apogée de sa carrière. Deux semaines plus tard, après des manifestations massives, Jacques Chirac le bat au second tour, avec plus de 82 % des voix. Le soir de cette débâcle, interrogée par France 3, Marine Le Pen fait sa première intervention sur le plateau d’une grande chaîne, déjà à l’aise, défendant son père avec pugnacité, révélant sans le dire qu’elle peut prendre sa place.

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