Le coup du Père François

Pourquoi François Hollande a-t-il mis au frais 500 parrainages pour sa candidature ? Pourquoi a –t-il enjoint à ceux de ses ministres qui voulaient rejoindre Macron d’attendre le 24 mars ? Pourquoi cherche-t-il à se poser comme le leader de la campagne anti-FN ?  A ces questions légitimes, il y a peut-être une seule réponse : le coup du père François.  

 

  

Qu’est-ce que le coup du père François ?

L’histoire n’a pas gardé trace de celui qui, au XIXe siècle, a donné son nom à un mode d’agression à deux soigneusement étudiée, visant un promeneur seul et tranquille, repéré à l’avance pour sa bourse bien garnie. Pendant que le premier engage la conversation avec le quidam, sous un prétexte anodin, son complice tente de l’étrangler par derrière avec une courroie à boucle. Tandis que la victime se débat pour desserrer le nœud qui l’enserre, l’autre lui vide ses poches. Aujourd’hui, cette expression populaire désigne une forme de traîtrise ou de manipulation déloyale qui n’a pas besoin d’acolyte.

Fascination ou détestation ?

Dans le best-seller de Gérard Davet et de Francis Lhomme, Un président ne devrait pas dire ça (Stock octobre 2016 ), François Hollande a confié qu’il se trouvait des ressemblances avec son ministre de l’économie (« Macron, c’est moi en plus jeune » ) tout en étant exaspéré par son côté puéril. Cette ambigüité à l’égard d’un ministre dont il considère qu’il l’a poignardé dans le dos en démissionnant de son gouvernement pour se présenter à une élection que lui-même ambitionnait de remporter, tout en étant secrètement admiratif d’un parcours original qui l’a propulsé en tête des sondages, explique peut-être son attitude actuelle.

Grand jeu, double jeu, triple jeu ?

La première hypothèse, classique, est celle de la continuité. François Hollande n’aurait pas renoncé à jouer un rôle dans la politique de demain alors qu’au terme d’un bilan que les Français ont jugé catastrophique, il est devenu le Président le plus impopulaire de la cinquième république au point de ne pas oser concourir aux primaires d’un parti qui les avait bichonnées pour lui. Il n’a pas compris que sa légère remontée dans les sondages ne tenait pas au jugement que l’opinion publique porte sur son action mais à son effacement dans l’action politique. Il continue donc à jouer à la présidence et à multiplier les conseils et les mises en garde même si sa parole est devenue inaudible.

La seconde hypothèse, plus sournoise, serait celle du dépit. Le Président en voudrait à tous les leaders de sa mouvance. A Benoît Hamon qui en prenant la tête des frondeurs a pourri son action. A Manuel Valls qui l’a poussé vers la sortie en se déclarant lui-même candidat. A Emmanuel Macron qu’il avait « choisi » et qui l’a « trahi ». Dans ces conditions, en mettant en avant la solidarité gouvernementale pour retarder la décision des membres de son gouvernement, il apparaîtrait le plus longtemps possible comme le maître du jeu. Sa dernière carte maîtresse, quasi impossible à jouer sauf en cas d’impondérable, serait de laisser planer la menace de sa candidature, en arguant de la division d’une gauche qui donnerait la présidence au FN ou à la droite conservatrice. Au moins pourrait-il se targuer d’avoir endossé la posture du résistant.

La troisième hypothèse, carrément pernicieuse, relèverait de la vengeance personnelle. En poussant les caciques de la gauche sociale-démocrate à rejoindre en masse après le 24 mars le candidat Macron, voire en annonçant qu’il se joint à la meute, il plomberait la campagne d’un candidat qui ne veut surtout pas apparaître comme l’héritier du hollandisme et l’a fait clairement savoir. Peu lui importerait alors que la division de la gauche profite à ses adversaires. Ce serait à la fois une consolation et un « pied de nez » à ceux qui l’ont empêché de réussir son pari d’une France réconciliée sous l’égide du socialisme moderne.

Pour ne pas conclure

Le pire n’est pas toujours sûr et la rancune est mauvaise conseillère. Mais trahir ceux qui vous ont trahi est un trop beau challenge pour ne pas imaginer que l’idée lui serait totalement étrangère. Le « Père François » n’a peut être pas encore fini de nous surprendre.