Lors d'une séance de questions-réponses entre Marine Le Pen et les auditeurs en direct sur Europe 1, la question d'une auditrice a été à l'origine d'une virulente altercation avec la leader frontiste. Au point de menacer la femme de la trainer devant les tribunaux. Planet.fr vous propose une décryptage de la séquence. 

© AFP

Rhétorique théorique. Le 16 décembre dernier, lors de l’émission Europe 1 Soir sur le canal du même nom, Marine Le Pen se livrait au traditionnel exercice du débat en place publique. Face à un panel d’auditeurs, la présidente du Front National s’est prêtée, une heure et demi durant, au jeu des questions-réponses. Propice au véhiculage d’une image positive, courtoise et proche de son peuple, Marine Le Pen est pourtant, une nouvelle fois, sortie de ses gonds. Et cette dernière, à l’entente des accusations de racisme proférées par son interlocutrice visiblement peu sensible à son idéologie, de monter au créneau : "Répétez une deuxième fois raciste ? Ça vous mènera directement vers le tribunal correctionnel." S’ensuit une discussion unilatérale où la chef de parti, monopolisant la parole, étouffe toute tentative d’argumentation de la part de sa chétive adversaire. Avant d’asséner le coup de grâce, en qualifiant cette menace de poursuites de "pédagogique", telle une véritable petite mère des peuples. Une mère qui s’est cependant, quelques secondes plus tard, bien gardée de condamner le coup apparemment reçu par son interlocutrice à l’issue de l’échange.

Décryptage

Raciste, le FN ? Racistes, ses électeurs ? "C’est une injure." Pas une insulte, non : une injure, passible de tribunal correctionnel. L’usage d’un vocabulaire étudié afin de se positionner, d’office, en supériorité par l’érudition. "Tout ce que vous dites, madame, est faux. Vous n’avez pas réellement de question à poser, vous n’avez que de la propagande à faire." Propagande. Marine Le Pen sous-entendrait-elle que l’auditrice serait une marxiste avérée, gauchiste méritant amplement sa carte d’adhérente à tous ces partis "dont elle a le choix", au seul titre qu'elle met en avant un trait de caractère que les membres du parti n'ont de cesse d'affirmer ?

"Aucune ligne, aucun mot du programme du Front National ne se base sur la race" selon elle. D’ailleurs, les propos tenus par la spectatrice ne sont, encore une fois, que le fruit "de la haine ressentie à l’égard du mouvement qu’elle représente". Le FN est persécuté, le FN va mal, le FN est le martyr de la République détenant la vérité suprême. Non, madame, "notre mouvement se fonde sur la Nation et sur la nationalité. Et ce quelle que soit la race, quelle que soit l’origine" - pourvu qu’elle ne soit pas rom, dirait son père -.

Le FN, pas raciste ?

Difficile de ne pas reconnaître le talent oratoire incontesté de la Frontiste. Une rhétorique particulièrement agressive et méticuleuse connue comme son atout principal. Au point de parvenir à occulter les propos mêmes de son interlocutrice. Oui, le parti Démocrate Suédois est un mouvement, n’en déplaise, à forte consonance néonazie et dont l’un des fondateurs, Anders Klaström, était un partisan assumé du Troisième Reich. Oui, Marine Le Pen a été présente lors d’un bal Viennois, organisé par un groupe estudiantin très rattaché à la doctrine hitlérienne, et où la présence juive était interdite. Oui, enfin, des propos, bien que condamnés par le parti plus par soucis d’intégrité que par morale, ont été tenus par nombre de ses représentants, révélant par là-même sa moelle idéologique. 

Si tant est que l'on apporte une démarcation sémantique nette entre racisme et xénophobie, non, le FN ne fait pas explicitement état de la supériorité d'une race sur une autre. Le concept, par ailleurs, n'est nullement évoqué dans ses textes, du moins récents. Mais les propos et les idées tenus et revendiqués par le parti n'en sont pas moins d'une xénophobie évidente. Se réfugier derrière cette maladresse lexicale - à concéder néanmoins comme usuelle -, pour masquer l'évidence s'avère d'ailleurs être un crédo des plus efficaces. 

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Marine Le Pen, par ce massacre médiatique aussi scandaleusement facile qu’efficace, est parvenue une nouvelle fois, avec une intelligence et une habileté qu’on ne peut lui retirer, à entériner encore un peu plus le flou doctrinal de son parti. Propos racistes à tout-va tenus par des hauts-dignitaires ? Non, le Front National n’y est en rien lié. Et n’est tout simplement qu’un parti de la France, pour la France. Un parti républicain et démocrate. Tellement attaché à ses libertés fondamentales, d’ailleurs, que son programme prévient en toutes lettres que, Marine Le Pen au pouvoir, "les manifestations de clandestins ou de soutien aux clandestins seront interdites". Comme l’aurait dit Pompidou en citant Eluard : "comprenne qui voudra".  

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