Jean-Pierre Chevènement souhaite créer une sorte d’alliance allant de Jean-Luc Mélenchon aux souverainistes de droite, excluant le parti de Marine Le Pen.

L’ancien ministre de François Mitterrand, Jean-Pierre Chevènement, a récemment quitté le Mouvement républicain et citoyen (MRC) dont il était le fondateur et président d’honneur pour, dit-il, "reprendre sa liberté".

A ce titre, il a accordé lundi une interview au Parisien dans laquelle il déclare vouloir "créer un mouvement d’idées alternatif" pour sortir la France de son "ornière". "Le clivage gauche-droite ne correspond plus à la réalité depuis que la droite, tournant le dos au gaullisme, et la gauche, au projet de transformation sociale d’où est tirée sa légitimité, se sont retrouvées sur un projet soi-disant européen mais profondément régressif.", a-t-il estimé.

"Je suis partisan d’un dialogue sans exclusive et sans sectarisme avec tous ceux qui souhaitent une alternative républicaine, de Mélenchon à Dupont-Aignan.", a-t-il fait entendre.

L’objectif : réunir les opposants à l’Europe ultra-libérale

L’idée sous-jacente aux propos de Jean-Pierre Chevènement est simple : réunir les souverainistes face aux tenants du "social-libéralisme" et du libéralisme qui dominent chez Les Républicains comme au Parti socialiste.  C’est d’ailleurs ce qui est contenu dans sa critique sur la fausseté actuelle du "clivage gauche-droite".

En clair, Jean-Pierre Chevènement veut rallier à sa cause ceux qui ont voté contre les traités constitutionnels européens de Maastricht (1992) et de Lisbonne (2005). A ce titre, Jean-Pierre Chevènement peut compter quelques relais à l’intérieur des deux partis gouvernementaux (comme Henri Guaino) mais c’est surtout  en périphérie qu’il trouvera du soutien.

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Ainsi de Nicolas Dupont-Aignan, fervent gaulliste parti de l’UMP pour fonder sa formation patriote et de Jean-Luc Mélenchon, parti du PS pour incarner un visage plus social, mais aussi plus patriotique, de la gauche. Toutefois, à l’inverse de Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon a voté en 1992 pour Maastricht, une "erreur" qu’il a reconnue : "Je suis un opposant absolu à cette Europe-là (…) c'est un échec absolu. Tous ceux qui, comme moi, [y] ont cru à l'époque (…) se sont fait rouler. C'est Chevènement qui avait raison !"

Si Arnaud Montebourg revenait en politique, il pourrait également être un soutien de poids à l’arc souverainiste souhaité par Jean-Pierre Chevènement. Et ce, même si le héraut du "Fabriqué français" a voté le traité de Maastricht en 1992. "A l'époque de Maastricht, j'ai voté oui mais ç'a été la dernière fois !", confiait-il aux Inrocks puis au Monde avant d’expliquer qu’il avait voté non au Traité de Lisbonne, en 2005.

Une alliance mal engagée…

Cependant, l’arc souverainiste semble mal engagé… En effet, à l’issue de l’interview de Jean-Pierre Chevènement, Jean-Luc Mélenchon a fait savoir qu’il n’était "pas question" de faire une alliance. "Il y a une différence substantielle entre moi, qui suis partisan de la République jusqu'au bout et en tous lieux (...) et la vision de M. Dupont-Aignan qui a une vision beaucoup plus nationaliste.", a-t-il déclaré au Figaro. "M. Chevènement aurait sa place au Front de gauche, pas M. Dupont-Aignan, et le dire, c'est nullement être sectaire.", a-t-il encore déclaré.

Mais du côté de Debout la France, il en est un qui serait heureux… d’accueillir Jean-Pierre Chevènement dans son parti. "C'est un point positif pour le combat des patriotes. Je serais content de l'accueillir.", a-t-il fait savoir.

Bref, chacun veut rallier à son parti Jean-Pierre Chevènement sans se fondre dans un parti unique… A cela ce rajoute l’acrimonie de Jean-Luc Mélenchon à l’égard de Nicolas Dupont-Aignan. Décidément, l’alliance semble mal engagée. Quant à Arnaud Montebourg, possible soutien, il vient de déclarer à nouveau sa mise en retrait du monde politique pour faire carrière dans le privé.

Se passer du FN, une hérésie ?

Comment réaliser un mouvement souverainiste en se passant du Front national, comme le souhaiterait Jean-Pierre Chevènement ? Le dessein paraît difficile tant le poids du parti de Marine Le Pen semble de plus en plus conséquent sur l’échiquier politique, qualifié désormais de tripartite. En mai 2014, le FN devenait "le premier parti de France" à l’issue des élections européennes, et aux dernières départementales, celui-ci était encore le premier parti en terme de nombre voix s’il on excepte le comptage par coalition. Enfin, pour 2017, Marine Le Pen est régulièrement bien placée dans les sondages.

Difficile donc pour qui veut créer un mouvement souverainiste de se passer d’un tel socle électoral. Surtout que l’arrivée de Florian Philippot, ancien chevènementiste, a fait se tourner le FN plus à gauche. Un concurrent de taille donc, implanté dans le paysage politique depuis 40 ans, pour qui voudrait créer une formation souverainiste en parallèle du FN. Surtout que le parti frontiste a créé à cet effet le Rassemblement Bleu Marine (RBM), parti attrape-tout destiné aux souverainistes de tout bord. "Comme avec tous les patriotes, d’où qu’ils viennent, le RBM, avec Marine Le Pen, est prêt à ouvrir un dialogue sans concession de part et d’autre.", a ainsi lancé Bertrand Dutheil de La Rochère, ancien dir' cab' de Chevènement, lui aussi passé au FN.

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Un dilemme s'offre alors à Jean-Pierre Chevènement, en plus de la gageure qui consiste à réunir tous les souverainsites de parts et d'autres, celui de la ligne politique. En effet, alors que de nombreux sondages annoncent une droitisation de la France, Nicolas Dupont-Aignan et a fortiori Jean-Luc Mélenchon ont toujours pris des pincettes quand il s'agissait de parler de l'immigration, par exemple. L'un pour ne pas apparaître trop à droite, l'autre par principe. Seulement, c'est un thème qui rencontre un véritable écho auprès des citoyens et qui fait, en partie, le succès du parti de Marine Le Pen.

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Mais attention, l'idée de se porter trop à droite peut aussi être inopérant. Nombreux sont ceux qui ont cru pouvoir concurrencer le FN par cette voie avant de se raviser ou de faire de faibles scores : Bruno Mégret, Carl Lang, Philippe de Villiers... C'est qu'à choisir entre l'original et une copie plus "soft", les électeurs choisissent toujours l'original.

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