Alors que des évènements imprévus ont eu lieu ces derniers mois, nous avons posé quelques questions à Bernard Lecherbonnier, qui vient de publier "Le Monde en 2025".

La première semaine de Donald Trump à la Maison-Blanche nous a montré combien les décisions humaines pouvaient avoir des répercussions sur l’ensemble du globe. Déjà, son élection, puis les désignations de François Fillon et Benoît Hamon aux primaires, nous avaient montré combien l’histoire était imprévisible.

C’est pourtant à cette tâche que s’est attelé Bernard Lecherbonnier, professeur à l'université de Paris-XIII et auteur du remarqué La Fatalité de l’An XV, sorti en 2014, qui avait anticipé les évènements tragiques de 2015. Dans son nouveau livre, Le Monde en 2025 (l’Archipel) sorti  en janvier, l’auteur anticipe l’état du monde dans huit ans et les catastrophes qui guettent si nous ne faisons rien d’ici-là. Parmi les catastrophes annoncées : l’implosion démocratique, la colonisation de l’Europe par la Chine ou encore les guerres climatiques.

Nous avons posé plusieurs questions à Bernard Lecherbonnier :

Planet - Tout d'abord, pourquoi faites-vous de 2025 une date importante pour votre argumentaire ?

Bernard Lecherbonnier : "Le Club de Rome, co-auteur avec le MIT, du fameux rapport Meadows qui fait autorité en matière de prospective, projette à l’horizon 2030 l’effondrement du système financier et économique mondial. Les projections climatiques vont dans le même sens. Etant donné l’accélération des phénomènes d’implosion que je constate et dont j’annonce l’aggravation (délabrement des démocraties, montée des despotismes, éclatement de l’Europe, isolationnisme américain, impérialisme chinois, destruction des ressources naturelles…), j’estime qu’en 2025, si on continue à ne rien faire, le sort de la planète sera à peu près irréversible."                             

Planet - Que vous inspire l’élection de Donald Trump qui a eu lieu pendant la rédaction de votre ouvrage ?

Bernard Lecherbonnier : "Dans le livre, j’anticipais cette élection en ces termes : ‘Fleuve déchaîné et à peu près incontrôlable, ce soulèvement de l’Amérique profonde se traduirait par une sécession entre la vieille Amérique blanche et les nouveaux venus, qui provoquerait l’implosion des idéaux américains et le repli des Etats-Unis eux-mêmes’.  L’élection de Trump acquise, je n’ai pas changé d’avis sauf à craindre une fascisation du régime et des esprits si le parti républicain cède sur le plan des valeurs et si la Bourse y trouve son compte. Rappelons que le fascisme repose sur l’autoritarisme, le nationalisme, le totalitarisme étatique sans remettre en cause la puissance capitaliste…"

Planet - Cette élection fait-elle partie du mouvement d'autoritarisme mondial que vous constatez en Asie avec Poutine et Erdogan ?

Bernard Lecherbonnier : "L’élection de Trump participe évidemment à la propagation du despotisme international dont Poutine, Erdogan et autres sont les modèles ; modèles qui fascinent les vieilles démocraties empêtrées dans leurs contradictions. Ce mouvement qui privilégie le rapport de force au détriment de l’Etat de droit est non seulement annonciateur de conflits mais souligne aussi la perte de contrôle des grandes organisations multilatérales (aujourd’hui l’ONU et toutes ses agences, demain le FMI) sur le cours du monde. On redoutait la mondialisation. On sombre dans le régionalisme et le nationalisme."   

Planet - Dans votre livre, vous écrivez que le FN ne pourra venir au pouvoir que si un évènement important a lieu. La série d'attentats n'est-elle pas cet évènement dont vous parlez ? Que peut-il y avoir de plus fort ?

Bernard Lecherbonnier : "Pour briser le plafond de verre qui l’empêche d’accéder à la majorité des suffrages, par conséquent au pouvoir, le FN a besoin de rallier à lui des sympathisants, voire des élus qui échappent encore à son influence. Seul un événement qui remettrait en cause la sécurité du pays créerait l’appel d’air nécessaire. Les attentats terroristes, loin de menacer la survie du pays, ont fait au contraire émerger une forme d’unité nationale.  Alors quel péril pourrait faire sortir le FN de son isolement ? L’actuelle implosion des partis de gouvernement constitue un vrai risque et l’on voit déjà de nombreux militants LR se rapprocher du FN. Autre hypothèse : un grave événement extérieur (effondrement du commerce extérieur, éclatement de l’UE…) se produirait qui amènerait une partie des élus de droite (et peut-être de gauche) à pactiser avec le FN, et alors son accès au pouvoir serait rendu possible."          

Planet - Selon vous, la France vit le paradoxe d'un pays riche qui n'arrive pas à relever la tête. Quelles peuvent être les solutions pour sortir de ce paradoxe ? Vous parlez de revaloriser les métiers manuels.

Bernard Lecherbonnier : "Je déplore en effet le mépris de nos dirigeants pour l’industrie manufacturière en particulier, mais surtout pour l’industrie en général. Mépris à mettre au compte des économistes irresponsables qui conseillent nos gouvernements depuis trente ans. En revanche je suis plutôt optimiste concernant la nouvelle génération qui enfin se réoriente vers les métiers de la production, qui multiplie les entreprises innovantes, qui crée un formidable réseau de start-ups."     

Planet - Enfin, un candidat à la présidentielle prend-il, selon vous, la mesure de tout ce que vous annoncez pour les années à venir ?

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Bernard Lecherbonnier : "Les candidats à la présidentielle connaissent en gros l’état des lieux mais tous, sans exception, n’apportent que des solutions comptables ou idéologiques à des questions qui réclament un lourd travail d’analyse et une vraie vision de l’avenir. Il est hallucinant que des partis politiques, qui n’ont rien d’autre à faire, ne soient pas capables de produire, entre deux élections présidentielles, un programme pensé, approfondi, cohérent. Leur paresse laisse leur place à des individus narcissiques, issus ou non de leurs rangs, qui rédigent à la va-vite, pour asseoir leur candidature, des programmes myopes, incomplets, utopiques et bancals. Les ligues ne finiront-elles pas par tuer la République ?"             

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mots-clés : Livre, Trump, économie
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