Sortir de l'euro

Il faut absolument sortir de l'euro. Pour moi, c'est aussi évident que deux et deux font quatre. En France, beaucoup d'économistes disent le contraire. Certains, tel Philippe Dessertine, sont sincères. D'autres, beaucoup plus nombreux, veulent garder l'euro pour dire le contraire de ce que demande Marine Le Pen ; cette attitude politicienne est malsaine.

Tous les pays au monde, sans exception, ont deux monnaies : la monnaie locale et le dollar. Il se trouve que, aux Etats-Unis, la monnaie locale est aussi le dollar. En Europe, la monnaie locale est souvent l'euro mais cette monnaie, comme toutes les autres, ne vaut que par rapport au dollar. Au Royaume-Uni, la monnaie locale n'est pas l'euro : cela ne pose aucun problème en soi.

Il faut d'abord bien comprendre de quoi on parle. Sortir de l'euro ou sortir de l'Union européenne sont deux notions distinctes. Sortir de l'euro n'est pas une décision idéologique : c'est une simple mesure technique, sans effet à court terme. Sortir de l'euro ne doit pas être l'occasion de faire marcher la planche à billets : au contraire, pour rassurer le monde financier, il faut que la masse monétaire locale mise en circulation soit "sécurisée" par une contre-partie équivalente en dollars.

Au début, la monnaie locale, appelons-là le franc virtuel (FV),a la même valeur que l'euro et le passage de l'un à l'autre se fait sans aucune restriction. Ce mode de fonctionnement est préservé pendant quelques mois : disons six mois, le temps de s'habituer psychologiquement à ce nouveau système. Puis, peu à peu, l'état impose de libeller en FV toutes les opérations monétaires locales ; salaires, impôts, prix à la consommation. Là encore, ce système peut durer six mois. Enfin, au bout d'un an, l'état se donne le pouvoir de modifier parfois, sans préavis, le taux de change entre le FV et l'euro. Pour la France, ce sera une dévaluation mais les échanges monétaires internationaux continueront à se faire en euros, ou en dollars.

Est-ce que la mesure précitée modifiera complètement l'économie française ? Non, évidemment. C'est une simple variable d'ajustement supplémentaire qui permet de compenser les déséquilibres entre les pays dont l'économie est saine et ceux dont l'économie est chancelante.

La rigidité actuelle de l'euro est une absurdité économique : il y a beaucoup trop de différences économiques entre les divers pays européens pour que ce système puisse tenir longtemps. Il est donc impératif de commencer à préparer doucement la sortie de l'euro tel qu'il fonctionne actuellement plutôt que d'attendre un effondrement brutal aux conséquences catastrophiques. Le système expliqué ci-dessus ne remet en cause aucun accord antérieur. L'Union européenne n'a donc pas à donner son avis.

Si on avait adopté ce système dès le début dans tous les pays de l'Union européenne, il aurait été beaucoup moins difficile de compenser les crises financières des pays du sud de l'Europe, notamment de la Grèce. Mais, évidemment, il faut aussi assainir les finances de chaque pays : ceci est un tout autre problème.