Moquées pour leurs tenues vestimentaires, ramenées à leur rôle de mère de famille et même accusées d’être à leur poste pour de mauvaises raisons, les femmes politiques peinent encore aujourd’hui à être traitées comme leurs collègues masculins. Professeure de science politique, Catherine Achin nous éclaire sur leur situation.

Planet : Les femmes politiques sont-elles autant prises au sérieux que leurs collègues masculins ? Catherine Achin* : "Cela dépend d’où l’on regarde. La parité impose la présence des femmes alors les politiques font avec. Mais dès qu’ils ont une petite marche de manœuvre leur permettant de contourner cette règle, ils l’utilisent. Les femmes ne sont pas considérées comme des hommes politiques comme les autres. Les élections régionales illustrent d’ailleurs très bien cette situation : moins de 20% des listes présentées étaient emmenées  par une femme. Et même si lors des dernières élections municipales, Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet se sont affrontées pour Paris, c’était ‘l’arbre qui cache la forêt’. Dans toute la France, il n’y a eu que 16% de femmes parmi les élus.

Globalement, je pense que les femmes sont prises au sérieux mais elles sont malheureusement toujours tenues à l’écart. Elles font bel et bien partie du paysage mais elles n’accèdent pas encore suffisamment à des postes à hautes responsabilités. Elles sont encore trop peu à avoir obtenu le poste de maire ou de présidente de région.

Planet : Quels sont les obstacles auxquels elles se heurtent le plus souvent ? Catherine Achin : Vous vous souvenez sans doute de ce que Laurent Fabius avait lâché après avoir appris la candidature de Ségolène Royal à la présidentielle de 2007 : ‘Mais qui va garder les enfants ?’. Cette remarque illustre le fait que le métier de politique est toujours associé à un rôle masculin et qu’il est difficile pour les femmes de légitimer leur présence. Cela montre aussi qu’il n’y a pas eu beaucoup de progression dans la division des charges domestiques entre les deux sexes : les femmes en font plus que les hommes et y sont toujours plus associées qu’eux.

D’autre part, même si depuis 1994 les femmes ne sont plus exclues de la politique, elles ont encore du mal à s’y faire une place car ce domaine a trop longtemps été réservé aux hommes. C’est d’ailleurs une situation difficile à combattre : elles sont soit trop, soit pas assez et jamais du bon sexe.

Leur présence est toujours incongrue : elles font l’objet de soupçons, comme si elles étaient là pour de mauvaises raisons. On se souvient ainsi de Najat Vallaud-Belkacem qui a été accusée d’avoir ‘charmé’ François Hollande pour obtenir le ministère de l’Education nationale. Cécile Duflot a également été critiquée pour avoir porté une robe fleurie à l’Assemblée nationale... La politique est un univers très sexiste dans lequel on se permet d’aller très loin.

Planet : Certaines femmes font-elles exception ?Catherine Achin : Oui, c’est notamment le cas de la présidente du Front National. Le cadrage qui est fait autour d’elle par les médias n’est pas le même que pour les hommes : on la ramène souvent à son apparences ou à ses enfants, mais paradoxalement cela lui sert. A la différence de Najat Vallaud-Belkacem que de telles références discréditent, Marine Le Pen, voit son image adoucie par ces références. La leader frontiste devient ainsi une femme ´comme les autres’. Mais elle reste une exception. Souvenez-vous quand Ségolène Royal a annoncé sa candidature pour 2007, elle a brutalement été renvoyée à des stéréotypes : son émotivité, son incapacité à tenir ses nerfs…

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Planet : Qu’est ce qui pourrait faire avancer les choses ? Catherine Achin : Il faudrait une action collective. Quand les femmes seront plus d’un tiers au Sénat et à l’Assemblée nationale, mais aussi plus nombreuses dans les cabinets ministériels, cela insufflera une bonne dynamique. Il faut plus de modèles de femmes en politique pour que, à l’instar de ce qui se passe déjà pour les hommes, on puisse avoir tous les profils différents représentés et non plus seulement quelques exceptions. Mais cela ne dépend pas uniquement des femmes, c’est un travail qui nécessite aussi, entre autres, de revoir notre manière d’éduquer les filles et les garçons".

*Catherine Achin est coauteur de Femmes en politique (éd. La Découverte)

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