Journaliste politique sur France 3, Patrice Machuret a récemment sorti un livre consacré à Nicolas Sarkozy et intitulé Sa vie après l’Elysée. Dans cette enquête inédite sur la vie privée et publique de l’ancien président, l’auteur revient notamment sur le retour en politique encore jamais annoncé ni démenti du champion de la droite. Interview.

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Planet : Vous écrivez que Nicolas Sarkozy était "l’ombre de lui-même" après l’élection présidentielle de 2012. C’est-à-dire ?Patrice Machuret : "Nicolas Sarkozy était totalement lessivé. Une campagne demande toujours beaucoup de travail et d’énergie mais celle-ci était encore plus difficile que la première en 2007. Il était à la fois candidat et président, ce qui a multiplié le nombre de déplacements et d’interventions. L’ancien locataire de l’Elysée était également sonné psychologiquement car il a cru à sa victoire, surtout dans la dernière ligne droite. Le soir du 6 mai, il était non seulement touché par une grande fatigue mais également par une profonde déception.

Planet : De quoi a-t-il eu besoin pour accuser le coup ?Patrice Machuret : Il a eu besoin de couper totalement les ponts avec la politique, de marquer la rupture dans sa tête. Psychologiquement, Nicolas Sarkozy a eu besoin de se dire ‘c’est fini, je ne reviendrai plus’. Et il y croyait vraiment à ce moment-là ! Il était véritablement convaincu qu’il n’y retournerait plus ! A tel point que son épouse, Carla, et Edouard Balladur l’ont mis en garde. On peut d’ailleurs le voir dans le film réalisé par Farida Khelfa : après l’annonce de sa défaite face à François Hollande, sa femme lui dit ‘ne sois pas trop radical’ tandis que l’ex-Premier ministre lui conseille de ‘rester flou’. En effet, il connaissait Nicolas Sarkozy et savait qu’il regretterait sûrement d’avoir trop rapidement fermé la porte à la politique.

Planet : Est-il toujours dans cet était d’esprit aujourd’hui ?Patrice Machuret : Non, depuis il a revu son jugement. Après avoir été complètement fermé à l’idée de revenir en politique, Nicolas Sarkozy a peu à peu rouvert la porte. Mais l’éventualité de son retour s’est véritablement décidée en novembre 2012 au moment où Jean-François Copé et François Fillon ont bataillé pour la présidence de l’UMP. Avant cela, Nicolas Sarkozy pensait que son Premier ministre l’avait remplacé à droite. Et alors que ce dernier n’a pas obtenu le score escompté lors des élections, il s’est dit que finalement il avait peut-être une chance.

Planet : Comment cela se traduit-il au quotidien ?Patrice Machuret : A partir de 2013, Nicolas Sarkozy a accéléré le rythme des consultations et des rendez-vous à son bureau parisien. Mais encore une fois, il l’a fait de manière adroite : jamais trop et toujours suffisamment pour entretenir le doute. En procédant de cette manière, il met toutes les chances de son côté en cas de retour tout en se laissant une porte de sortie au cas où il déciderait de ne pas se présenter.

Planet : Quels pourraient être les obstacles à son retour ?Patrice Machuret : Il y a d’abord un problème pratique : le calendrier judiciaire. Nicolas Sarkozy est visé par plusieurs affaires qui pourraient le rendre inéligible pendant quelques années. Et comme il ne souhaite pas prendre le risque d’annoncer sa candidature et de devoir ensuite se retirer de la course, il attend les jugements. Il ne faut pas oublier que c’est un avocat ! Même s’il a peu de chance que cela lui arrive, Nicolas Sarkozy attend d’être fixé pour annoncer quoi que ce soit.

S’il peut se présenter et qu’il en a envie, l’ancien président devra ensuite analyser la situation de la France. Il est clair que s’il se lance dans la course à l’Elysée ce ne sera pas pour perdre. Et comme tout homme politique qui fait son retour, il va regarder comment se porte le pays. Il va notamment s’intéresser à sa situation économique mais également au bilan de son successeur et à la place de Marine Le Pen dans le paysage politique. Pour l’instant aucun programme n’est prévu et aucune machinerie de campagne n’est en place. Ce qui montre bien que Nicolas Sarkozy n’a pas pris sa décision et qu’il est toujours à 50/50 dans sa tête. Il devrait laisser planer le doute encore un an, un an et demi, et ne rien annoncer de sérieux avant fin 2015.

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Planet : Et s’il décidait de ne pas se présenter en 2017, qui soutiendrait-il à droite ?Patrice Machuret : Si Nicolas Sarkozy ne se présente pas pour la prochaine élection présidentielle, il soutiendra Alain Juppé. C’est quelqu’un de pragmatique et à ses yeux, seuls deux hommes à droite sont capables de mener cette bataille : le maire de Bordeaux et son ancien Premier ministre. Mais alors qu’il est brouillé avec ce dernier – ils ne se voient plus depuis des mois – et malgré toute l’estime qu’il a pour lui, il penchera en faveur d’Alain Juppé.  Nicolas Sarkozy a longtemps soutenu François Fillon mais cela n’a pas marché. Ils sont aujourd’hui fâchés et donc l’ex-chef d’Etat se reporte sur celui qui ne l’a jamais enfoncé, n’a jamais critiqué son bilan et l’a toujours ménagé. L’ancien ministre des Affaires étrangères jouit de l’image du vieux sage. Il est également très respecté par Nicolas Sarkozy. Et puis ce dernier sait que si Alain Juppé venait à être élu, il n’oublierait pas les sarkozystes comme Nadine Morano et Brice Hortefeux".

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