La semaine dernière, le président s’est félicité de son bilan, assurant qu’il laissait la France "plus forte qu’il y a cinq ans". Un optimisme loin d'être partagé par tout le monde.

A deux mois de son départ de l’Elysée, François Hollande a tenu à mettre en avant son bilan. Samedi dernier, lors d’un déplacement en Isère, il a déclaré : "Les faits, regardons-les : la France, elle est plus forte qu’il y a cinq ans", ajoutant avec malice : "Puisque peu le disent, je vais le dire à leur place". "Ma fierté, c'est de pouvoir remettre à mon successeur un pays qui va mieux, un pays plus fort, un pays plus digne, un pays plus soudé et plus cohérent que celui que j'ai trouvé en 2012", a-t-il assuré. Le site de l'Elysée vient d'ailleurs de mettre en ligne le bilan du quinquennat.

Sur Twitter, l’annonce de cette déclaration a fait bondir la majorité des internautes, qui ont répondu de manière acerbe. Signe que dans la population, le passage de François Hollande à l’Elysée n’aura pas été si bon que ce dernier l’estime. Les nombreux sondages sur sa popularité pendant son quinquennat appuient également cette impression.

"François Hollande qui travestit la réalité, ça devient une habitude"

Les paroles de contentement du président ont également fait réagir Serge Federbusch, qui vient de publier un livre à charge contre François Hollande, Nous fossoyeurs. Le vrai bilan d’un fatal quinquennat (éd. Plon). "François Hollande qui travestit la réalité, ça devient une habitude", soupire celui qui est aussi président du Parti des Libertés et le fondateur du site Delanopolis. "Il y a une certaine forme de déni de la réalité de la part du président, mais ce n’est pas le première fois, ajoute-t-il. A moins qu’il ne vante son bilan à la tête de la France pour espérer obtenir un poste au niveau européen…"

A lire aussi"Sarkozy, je le surveille" : un livre accuse François Hollande d'écouter ses adversaires politiques

N’y a-t-il donc rien à sauver dans le quinquennat ? Les derniers chiffres sur l'emploi semblent indiquer "une inversion de la courbe du chômage", et en 2016, la création d’emplois marchands n’a jamais été aussi bonne que depuis 2007. Toutefois, selon Serge Federbush, "si on fait une étude objective des choses, on se rend compte que François Hollande avait toutes les cartes en main (baisse des taux d’intérêts, des prix des matières premières, de l’euro, etc.) pour faire davantage. Or, le chef de l’Etat n’a pas permis avec sa politique de profiter de cette position conjoncturelle favorable."

François Hollande, "le fossoyeur" de la France et de la gauche

Le président du Parti des Libertés, qui dénonce "des parts de marché qui reculent", "les dépenses publiques qui explosent" ou encore "un communautarisme accru", va même plus loin : "Je pense que le quinquennat de François nous a fait atteindre un point de non-retour et je ne vois pas comment son successeur pourra redresser la situation." Ne lui parler d’Emmanuel Macron, "le clone de Hollande" et "l’émanation des grandes banques", dont il craint qu’il ne s'attaque aux classes moyennes une fois à l’Elysée.

A lire aussi – François Hollande : à combien va s’élever sa retraite politique ?

En somme, Serge Federbusch estime que François Hollande a été le "fossoyeur", à la fois du pays, mais aussi de la gauche. "Pendant ces cinq ans, il n’a fait que colmater les brèches, qu’augmenter les doses d’antidouleur…", conclut-il.

"On pourrait continuer longtemps la litanie des échecs du quinquennat"

Un constat que partage Laurent Bouvet, professeur de Science politique proche du PS et auteur de La Gauche zombie (paru le 21 mars aux éditions Lemieux), pour qui le quinquennat de François Hollande a été "un fiasco". Au Figaro, celui-ci souligne toutefois un paradoxe : la gauche a été à l’origine de nombreuses mesures (loi Macron, loi El Khomri, loi Taubira, CICE…), mais "le chômage a considérablement augmenté depuis 2012 comme les impôts d'ailleurs ; le président sortant ne s'est pas représenté car il n'était pas en mesure de le faire sans un risque très élevé d'être balayé dès le premier tour voire dans la primaire socialiste ; le Front national est devenu le premier parti de France et sa candidate arrivera très certainement en tête du premier tour de la présidentielle avec près de 30% des voix alors qu'elle n'avait pas atteint les 18% en 2012 ; la gauche française est en miettes, le Parti socialiste lui-même ne survivra sans doute pas en l'état à l'élection… On pourrait continuer ainsi longtemps la litanie des échecs du quinquennat, de François Hollande en particulier qui a réussi l'exploit inédit de mobiliser dans la rue à la fois la droite (sur le mariage pour tous) et une grande partie de la gauche (sur la loi travail)."

"Hamon entraîne le PS vers l’une des pires défaites électorales"

Pour Laurent Bouvet, François Hollande restera dans l’histoire de France comme celui qui a porter l’estocade au PS : "La candidature Hamon entraîne le PS vers l'une des pires défaites électorales de son histoire à l'élection majeure (…) Nous sommes donc à un moment de crise aiguë pour la gauche française."

Publicité
C’est sans doute pour cela que François Hollande a fait savoir qu’il fera campagne contre le FN jusqu’à la fin de son mandat. Sans doute pour éviter que l’histoire ne retienne que son quinquennat fut celui qui aura amené Marine Le Pen au pouvoir en cas de victoire de cette dernière en mai prochain...

Vidéo sur le même thème : Les images émouvantes de François Hollande avec un jeune garçon