Primaire : un débat décevant

La première erreur est d'avoir accepté la dictature des médias. Quand un candidat est seul devant un aréopage de journalistes, il est irritant de le voir interrompu et empêché de s'exprimer par des questions oiseuses. Mais, quand il y a sept candidats, ce barnum est absurde. C'est d'abord le temps de jactance des journalistes qu'il faut limiter. Le rôle de ceux-ci devrait être uniquement de contrôler l'égalité des temps de parole et de mettre en ordre les questions ou les thèmes. Et si un candidat n'a pas l'intelligence de profiter de la tribune qu'on lui offre pour faire des propositions précises et convaincantes, tant pis pour lui.

La deuxième erreur est d'avoir perdu un temps précieux pour des considérations abstraites déconnectées du réel et pour des escarmouches sans intérêt. Sarkozy voulait absolument parler de François Bayrou : c'est son droit ; mais les autres candidats ne devaient pas être obligés de se prononcer sur un avenir hypothétique. François Bayrou n'est pas engagé par la primaire et il fera ce qui lui semble bon pour la France : on peut contester ses choix mais pas sa rigueur intellectuelle.

De même, il eut été souhaitable que quelques points fondamentaux soient rapidement et clairement élagués, notamment en ce qui concerne la remise en cause des erreurs évidentes de la gauche : il est toutefois intéressant de savoir qu'il y a encore, à droite, une candidate pour soutenir le collège unique, ce carcan totalitaire dont les ravages accablent les plus faibles.

Il y a aussi les points d'accord des candidats qui me semblent erronés. Un exemple, parmi d'autres. En ce qui concerne l'attitude face au monde musulman, l'un des risques majeurs est d'être envahi par quelques millions de migrants fuyant la guerre, la famine et les exactions : le pape lui-même commence à en convenir. L'Arabie saoudite et le Qatar, riches et peu peuplés, sont-ils en première ligne dans ce déferlement potentiel ? Les habitants de ces états ont tout de même le droit de pratiquer leur religion comme ils l'entendent et de donner de l'argent à qui ils veulent. Si un élu abuse des largesses d'un émir, qui est coupable ? L'émir, ou l'élu ?  

De même, il semble que la plupart des candidats soient en phase avec la proposition d'Alain Juppé consistant à augmenter le pouvoir des chefs des établissements scolaires : or ceux-ci sont formatés pour dissimuler les problèmes et faire taire les enseignants courageux qui essaient encore de sauver l'éducation nationale. Suivre Juppé sur ce point, c'est la catastrophe assurée.

Enfin, et surtout, il y a des absences inadmissibles de propositions concrètes et crédibles. Un exemple frappant parmi d'autres. Les candidats sont unanimes, il faut plus d'autorité : très bien, mais il n'y a pas de discipline sans sanctions et nul n'ignore que c'est là que le bât blesse. Comment traiter les élèves perturbateurs, dans quel cadre, qui décide ? Pas un seul des sept candidats n'a osé aborder ce point fondamental : ahurissant. Plus précisément, Jean-Frédéric Poisson est le seul à avoir proposé une mesure précise : augmenter la part de l'enseignement privé. Difficile d'avouer plus clairement que, hormis les établissements privilégiés, il n'a plus confiance dans l'enseignement public, et il n'est pas le seul.

Est-ce que ce débat a diminué les chances d'Alain Juppé pour mai 2017 ? Non. Par contre, si la base n'arrive pas à faire bouger les lignes, c'est son quinquennat qui sera un échec. Le besoin d'alternance aidant, Marine Le Pen prendra le pouvoir en 2022.

Alors, j'enterre, moi aussi, François Hollande ? Non. Si Sarkozy gagne la primaire et qu'une partie des voix de droite se reporte sur François Bayrou, il peut encore garder un peu d'espoir. Redisons-le, à l'heure ultime, un homme de gauche reste un homme de gauche et les confidences du chef de l'état n'y changeront rien.