Le grand retour de Nicolas Sarkozy ne se serait passé comme il l’avait imaginé. Dans "C’était pas le plan", les journalistes Laureline Dupont et Philippe Cohen développent cette idée et font entrer les lecteurs dans les coulisses de ce come-back.

Planet : Comment avez-vous écrit ce livre* ?Laureline Dupont : "C’était au départ une idée de Philippe Cohen, lequel voulait tenter de cerner la personnalité de Nicolas Sarkozy en rencontrant ses proches et tous ceux qui comptent dans la ‘Sarkozi’. Aussi, nous avons passé une sorte de contrat avec ses derniers. Ils se sont engagés à nous voir une fois par mois, voire tous les deux mois, pour nous raconter les discussions qu’ils avaient eues avec l’ancien président, ce qu’il disait en conférence, faisait en vacances, etc. Ce qui nous a permis de suivre l’évolution de ses projets et notamment le chemin parcouru entre sa défaite en 2012 et son grand retour cette année. A ce propos, Brice Hortefeux nous a raconté comme Nicolas Sarkozy a réagi lorsque, pour la toute première fois, son fidèle lieutenant a évoqué l’idée de ce come-back. Il n’était ‘pas du tout réceptif’, nous a-t-il rapporté.

Planet : Donc Nicolas Sarkozy n’a pas toujours su qu’il allait revenir un jour sur le devant de la scène ?Laureline Dupont : Non, absolument pas. On entend souvent que c’est un homme ‘drogué à la politique’ mais ce n’est pas entièrement vrai. Il l’est sans doute, mais pas uniquement. C’est aussi quelqu’un qui est en proie aux doutes. Nicolas Sarkozy a beaucoup hésité avant de revenir. Il a longtemps été partagé entre sa volonté de montrer qu’il était capable de faire autre chose, de se réinventer en dehors de la politique, et sa passion pour celle-ci. C’est un peu comme si il avait été obligé par lui-même, comme si c’était plus fort que lui.

Planet : Mais son retour ne s’est pas passé comme prévu…Laureline Dupont : Il ne voulait pas revenir pas la case UMP et aurait préféré faire son come-back plus tard. Il souhaitait revenir en sauveur, en rassembleur. Aussi, 2014 devait être l’année de l’élan avant un retour en 2015, peut-être même en 2016, nous ont expliqué ses proches. Seulement, l’affaire Bygmalion a éclaté, provoquant le départ de Jean-François Copé. Face à une UMP sans chef, Nicolas Sarkozy a cherché quelqu’un qui lui serait favorable mais en vain. François Baroin a refusé de se présenter. L’ancien chef d’Etat n’a donc pas eu le choix : il a été contraint d’y aller.

Planet : Rapidement après ce retour précipité, il s’est retrouvé sous le feu de questions dérangeantes. Comment les appréhende-t-il ?Laureline Dupont : Il y a d’abord le mariage gay. Nicolas Sarkozy peine à se prononcer, à se positionner car il ne veut pas froisser une partie de son électorat qui, elle, y est opposée. En public, il dit donc qu’il faudra organiser des consultations avant d’éventuellement détricoter la loi Taubira, tandis qu’en privé, il dit qu’il n’est pas question de revenir dessus et qu’au fond, il n’est pas contre.

La primaire est également un un point noir pour lui. Si en public il s’y dit favorable car de toute façon elle est actée, en coulisses il dit tout le contraire. ‘On ne va pas se mettre à singer les socialistes’, aurait-il raillé auprès de sa garde rapprochée.

Planet : S’attendait-il à ce qu’Alain Juppé se révèle un adversaire aussi redoutable ?Laureline Dupont : Le maire de Bordeaux représente la plus grande surprise de ce retour. Jamais Nicolas Sarkozy et son entourage n’ont soupçonné qu’il serait un tel adversaire. Au cours des entretiens que nous avons eus avec eux, ils ont toujours minimisé son poids. Ils mettaient notamment en avant son âge et son positionnement ‘trop centriste’. Nicolas Sarkozy et ses proches l’ont vraiment sous-estimé. Conscient de son erreur, l’ancien président fait désormais le pari secret que la bulle médiatique qui entoure Alain Juppé finira bientôt par se dégonfler toute seule.

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Planet : Et les affaires ?Laureline Dupont : Elles ont toutes ‘un fumet désagréable’ mais ‘renforcent sa volonté’, a estimé Brice Hortefeux. Ce qui n’est pas faux : Nicolas Sarkozy est énervé, agacé par ces dossiers mais en même temps cela décuple son envie de dénoncer l’acharnement dont il se dit victime. Ces affaires sont nombreuses, huit au total, mais une seule pourrait s’avérer vraiment dangereuse pour lui. Il s’agit de celle concernant Bygmalion. A la différence des autres, elle représente une grande inconnue car nous sommes aujourd’hui incapables de mesurer l’éventuelle part de responsabilité de Nicolas Sarkozy".

*Laureline Dupont est coauteur du livre C’était pas le plan (ed. Fayard)

 

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