L’ancien candidat du Front de gauche en 2012 se pose en candidat naturel pour la future élection présidentielle. Si l’actualité et la désillusion socialiste peuvent lui faire naître un espoir, il n’est pas sûr que les électeurs le suivent pour autant.

Le dimanche 5 juillet, Jean-Luc Mélenchon a franchi le Rubicon. Alors qu’il se disait jusque-là simplement "disponible" pour l’élection présidentielle de 2017, il a tenu un tout autre discours à Villejuif (Val-de-Marne) devant le congrès du Parti de gauche dont il est le fondateur.

"On voudrait que, comme les autres, je prenne un air distrait ou fasse l'effarouché quand on me parle de 2017 ? Ou que j'attende qu'on me supplie ?, a-t-il ironisé. J’ai le droit de dire que ma responsabilité est singulière dans ce paysage. Car j’ai été le candidat (en 2012) et je me dois à ceux qui éventuellement pourraient souhaiter que je le sois de nouveau et même ceux qui ne le souhaitent pas mais qui voient en moi le dernier de ceux qui tiennent la flamme et le drapeau sur les ondes."

Et Jean-Luc Mélenchon de croire que 2017 ne sera pas comme 2012 : "Depuis, nous avons eu le Front de gauche, nous sommes ressortis des catacombes en 2012, entre-temps Podemos et Syriza (les deux partis de la gauche radicale espagnole et grecque, NDLR) ont fait leur percée : nous sommes plus forts".

Des partis frères au pouvoir

En effet, 2012 ne sera pas 2017. Entre temps, la gauche radicale a fait son apparition dans des pays latins : l’Espagne et la Grèce. Le parti espagnol Podemos, tout d’abord, a créé la surprise en mars 2014, en atteignant 8% à l’issue des élections européennes. Depuis, le parti ne cesse de progresser dans l’opinion : en novembre, Podemos était crédité de 27,7 % des voix pour le prochain scrutin, ce qui en ferait le premier parti espagnol. Enfin, lors des récentes élections municipales, le parti a enregistré plusieurs victoires en gagnant des villes comme Madrid et Barcelone.

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En Grèce, le parti Syriza a su mettre au pouvoir son président, Alexis Tspiras, devenu le 26 janvier dernier Premier ministre grec. Des partis de la gauche radicale dont Jean-Luc Mélenchon et les siens se sentent proches et qui les confortent dans leur idée d’arriver un jour, eux-aussi, au pouvoir. Ainsi, à l’issue du "non" au référendum grec, le Parti de gauche a écrit dans un communiqué que "le peuple grec (venait) d’élargir de manière historique la brèche de désobéissance ouverte en Europe par Alexis Tspiras. "

La désillusion socialiste

Autre changement par rapport à 2012, et pas des moindres : l’exercice du pouvoir du principal parti de la gauche gouvernementale, le Parti socialiste.

Un argument de plus en faveur de Jean-Luc Mélenchon qui depuis le début du mandat de François Hollande ne cesse d’attaquer la politique économique et les choix d’un président devenu impopulaire, notamment à cause de la hausse constante du nombre de chômeurs.

A cet exercice du pouvoir, que d’aucuns jugent raté voire catastrophique – Mélenchon n’est-il pas allé jusqu’à préférer Sarkozy à Hollande ? –, s’ajoute la "lutte interne" entre François Hollande et Manuel Valls pour 2017 et la possibilité d’une primaire à gauche qui mettrait à mal le Parti socialiste, obligé de faire son auto-critique.

Des obstacles sur la route de 2017

Si Jean-Luc Mélenchon a un boulevard devant lui jusqu’à l’élection présidentielle, de nombreux obstacles se dressent pourtant sur son chemin.

Tout d’abord, la réunification de toutes les gauches opposées à la politique de François Hollande n’est pas une mince affaire. "Vous voulez recommencer la comédie de 2007, vous éparpiller en groupuscules ?", a ainsi averti Jean-Luc Mélenchon lors du congrès à Villejuif où était présent Pierre Laurent, leader du PCF, avec qui les relations restent compliquées, notamment à cause de l’attitude à adopter vis-à-vis du PS.

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Une candidature de Cécile Duflot à la présidentielle peut également obérer les chances de Jean-Luc Mélenchon de réunifier la gauche radicale. Car si un temps ce dernier a voulu créer une alliance avec l’ancienne patronne des Verts, leur relation a pris du plomb dans l’aile dernièrement. Le divorce consommé, Cécile Duflot ne penserait qu’à une chose : créer un "Podemos français".

Quant aux frondeurs du Parti socialiste, il n’est pas sûr que ceux-ci décident de rallier la bannière de Jean-Luc Mélenchon bien qu’il les ait appelés solennellement à le rejoindre en mai dernier. D’autant plus que le chef de file des frondeurs, Christian Paul, a appelé à "tourner la page de la fronde parlementaire".

La ligne politique et l’état du parti en débat

En plus de possiblement partir en ordre dispersé, s’ajoutent les questions de la ligne politique interne et du fonctionnement du parti. Ainsi, le 20 juin, François Delapierre, le bras droit de Jean-Luc Mélenchon destiné à lui succéder, trouvait la mort à cause d’une tumeur au cerveau.

Un coup dur pour le parti qui perd son stratège… et de nombreux militants. En 2012, le parti revendiquait plus de 12 000 adhérents contre près de 9 000 en janvier 2014. Le Parti de gauche a aussi été confronté à une défection de la part de ses cadres, comme Corinne Morel-Darleux, ancienne secrétaire nationale à l’écosocialisme et Laurence Pache, à l’aménagement territorial, toutes deux parties. En février 2014, une cinquantaine de militants d’Aquitaine et une vingtaine quelques mois plus tôt au Mans quittaient le parti pour contester les décisions de l’état-major du Parti de gauche.

Nonobstant l’état de la formation de gauche, sa ligne politique et notamment sa politique généreuse à l’égard des sans-papiers et clandestins, dans un moment où l’immigration et les thèmes identitaires ont un fort impact dans l’opinion publique, peuvent détourner une partie des électeurs populaires du Front de gauche au profit du Front national. Ainsi, lors des élections européennes, les électeurs ont été quatre fois plus nombreux à voter pour le parti de Marine Le Pen que pour le Parti de gauche (25 % contre 6,6 %) et pour les futures élections régionales de décembre, les sondages placent le FN à 22 % et le PG à 7 %.

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Pour 2017, Jean-Luc Mélenchon a donc un boulevard devant lui… semé d’obstacles qu’il devra franchir. Réunir les contestataires de gauche à la politique de François Hollande tout en répondant aux angoisses identitaires de l’électorat populaire, telle est l’équation que devra résoudre le tribun de la gauche radicale en vue de l’élection présidentielle.

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