Depuis le début de l’année, la présidente du Front national se fait discrète dans les médias, préférant les déplacements sur le terrain qu’elle retranscrit sur son blog à côté… de photos de ses chats.

Le 7 janvier, Marine le Pen faisait une déclaration tonitruante lors de ses vœux à la presse : "Mesdames, messieurs, vous me verrez peu cette année, nous aurons peu d'occasions de nous rencontrer directement, car j'irai, avant de lancer ma campagne présidentielle début 2017 et pas avant, au contact direct des Français".

Une cure médiatique, mais un activisme sur Internet et sur le terrain

Depuis cette déclaration, la dirigeante frontiste a tenu sa promesse. Hormis l’’officialisation de sa candidature à la présidentielle sur TF1 le 9 février et une dernière matinale sur RTL, le 17 mars, on n’a pas entendu la présidente du FN dans les grands médias. Celle-ci préférant le contact numérique, via Twitter ou encore Facebook où Marine Le Pen est devenue à la mi-mars la personnalité politique française la plus suivie avec 970 000 abonnés, devant Nicolas Sarkozy (962 000) et François Hollande (850 000). C’est d’ailleurs via son compte Facebook que le 26 février dernier elle a entamé un dialogue en direct et filmé dans son bureau avec ses abonnés, "une première pour un responsable politique", a-t-elle constaté.

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Sur le terrain, la fille de Jean-Marie Le Pen n’entend pas non plus donner la réplique aux grands médias, absents de quasiment tous ses déplacements. Hormis au Salon de l’agriculture, début mars, où les médias l’attendaient de pied ferme, seule une personne filme la patronne du Front national lors de ses rendez-vous. Les séquences étant ensuite intégrées sur les nombreux sites du parti frontiste. Sur cette vidéo, on peut voir Marine Le Pen aider des agriculteurs normands dans la traite matinale des vaches, caresser des veaux…

Un blog très personnel avec des petits chatons…

Peut-être plus surprenant, la patronne du FN a lancé le mois dernier un blog de campagne appelé "Carnets d’espérances", censé adoucir l’image de la présidente d’un parti à la réputation encore sulfureuse. Sur ce site sobre, épuré, laissant une grande part à l’image, la fille de Jean-Marie Le Pen a gommé toute référence au Front national, ne laissant transparaître que sa personne. "Je suis une femme libre, une mère, une Française et j’ai choisi de m’engager pour mon pays", écrit-elle en tête de son blog. Sur celui-ci, Marine Le Pen donne son avis sur quelques faits d’actualité, loin de la sphère médiatique.  

Mais au milieu de propos politiques et de commentaires de l’actualité, l’internaute sera sans doute surpris de retrouver des photos, presque intimes, de la présidente du Front national que l’on croirait sorties d’un article de Paris Match ou d’un album de vacances. Ici, Marine Le Pen au milieu d’un repas convivial, là train de se maquiller, ou encore accompagnée de ses (nombreux) chats.

Une stratégie de campagne proche de celle de Chirac en 1995

Si Marine Le Pen ne veut pas l’avouer officiellement, sa stratégie de conquête de l’Elysée ressemble à celle de Jacques Chirac entre 1993 et 1995 lorsqu’il multipliait les déplacements sur le terrain tout en jouant la carte de la proximité. Fini les joutes verbales, les commentaires tonitruants à la suite de tel ou tel attentats, ou encore la fois où elle a déclaré vouloir "pourrir la vie du gouvernement" lors des régionales. Désormais, Marine Le Pen entend jouer la carte de "la France apaisée", son nouveau slogan de campagne, dans la droite ligne de sa stratégie de "dédiabolisation".

Convaincue qu’elle se retrouvera au second tour de l’élection présidentielle, la présidente du Front national prépare aussi ses futures alliances afin de pallier son déficit récurrent de voix comme l’ont montré les élections intermédiaires. Dans le viseur de Marine Le Pen, le président et fondateur de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, actuellement crédité de 5 % d’intentions de vote dans les sondages et candidat à l’élection présidentielle depuis la mi-mars. Le 3 septembre 2013, il déclarait sur Radio courtoisie : "Le FN, seul, ne prendra pas le pouvoir en France (…) Un jour ou l’autre, il y aura besoin d’un dialogue. Chacun devra peut-être faire un pas."

"Marine Le Pen donne l’impression de laisser l’actualité travailler pour elle"

Pour Jean-Yves Camus,  politologue, chercheur associé à l'IRIS, la stratégie de communication de Marine Le Pen, est "loin d’être absurde". "Nous rencontrons ces derniers temps une actualité particulièrement chargée qui amène les hommes politiques à la commenter sans cesse", nous explique le politologue, et parfois cela se retourne contre les politiques, comme dernièrement avec Michel Sapin.

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"Mais là, Marine Le Pen donne l’impression de laisser l’actualité travailler pour elle, de même pour les questions économiques puisqu’on est pratiquement certain maintenant que la courbe du chômage ne sera pas inversée", indique Jean-Yves Camus, pour qui les rivalités prochaines chez les Républicains à la faveur de la primaire, et chez les socialistes pour savoir si François Hollande sera le candidat socialiste, ne feront qu’accroître la popularité de la présidente du FN.

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Au final, cette stratégie loin des médias mais proche du peuple est "plutôt intéressante" selon le chercheur. "Elle n’avait pas réussi à Valéry Giscard d’Estaing, mais avait, de mon point de vue, aidé Jacques Chirac pour la présidentielle de 1995." Quant aux images de la présidente du FN en compagnie de chats ou se maquillant, et de la peopolitisation que cela entraîne, Jean-Yves Camus n’est pas si négatif. "Tout dépend du degré de sincérité que les gens donnent à ces images, et en l’occurrence, je ne suis pas sûr qu’ils y trouvent à redire", explique le politologue, pour qui Marine Le Pen n’a pas encore été aspirée par les codes de la vie politique, et peut donc prétendre à une part de spontanéité, de sincérité.

Vidéo sur le même thème : Marine Le Pen dans les allées du Salon de l’Agriculture