L’économiste a récemment déclaré que si aucun candidat à l’élection présidentielle ne reprenait son programme, il n’excluait pas de se présenter lui-même.

Invité sur le plateau d’i-Télé, Jacques Attali a annoncé cette semaine qu’il préparait avec "des amis" un programme politique. Le but : qu’un candidat à l’élection présidentielle l’adopte afin de redresser l’économie de la France. Cependant, si à gauche comme à droite, personne n’envisageait de reprendre son programme, l’économiste a déclaré ne pas exclure d'être lui-même candidat en 2017. "Si dans six mois ou un an j'estime que personne n'a envie d'agir dans ce pays, dans l'intérêt du pays, je reconsidérerai ma position", a-t-il sobrement expliqué. Mais l’homme qui murmure à l’oreille des présidents pourrait-il être un candidat crédible ?

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"C’est un acteur de la finance et de la mondialisation, explique à Planet.fr Olivier Rouquan, politologue et chercheur associé au CERSA (Centre d’Etudes et de Recherches de Sciences Administratives et Politiques). Il est reconnu par les dirigeants économiques et internationaux. Une valeur ajoutée par rapport aux actuels dirigeants français". Nul doute, Jacques Attali a su comptabiliser une expérience impressionnante. Economiste, écrivain, conseiller d’Etat, chef d’entreprise… L’homme est aujourd’hui un véritable lobbyiste et il exerce une influence certaine sur les chefs d’Etat successifs.

"Ne jamais avoir remporté d’élections pourrait être un handicap majeur"

En 2007, Nicolas Sarkozy avait lui-même consulté Jacques Attali. A sa demande, ce dernier lui avait remis une commission dont l’actuel ministre de l’Economie était alors l’un des rapporteurs. Si l’ancien président de la République en avait appliqué une partie, François Hollande en a instauré une autre. La réforme de la santé ou le nouveau découpage territorial sont ainsi largement inspirés des propositions de l’économiste. Celui-ci est d’ailleurs derrière une partie de la loi Macron.

Pourtant, un élément est absent de son CV : il n’a jamais été élu par les Français. "Il lui manque le capital politique, le capital démocratique, concède Olivier Rouquan. Il appartient aux élites dominantes. Ne jamais avoir remporté d’élections pourrait être un handicap majeur car cela marque un éloignement avec le peuple."

Un coup de com' derrière l'annonce d'une possible candidature ?

De plus, le président de Positive Planet n’adhère à aucun parti politique. Un problème qu’il sera difficile à résoudre en quelques mois. "L’émergence d’un mouvement n’est pas impossible. Les Espagnols l’ont bien fait avec Podemos même si le contexte est différent", souligne toutefois le politologue.

Mais en réalité, derrière l’aveu d’une possible candidature à l’élection présidentielle pourrait se cacher un véritable coup de com’. "Son objectif pourrait être de faire connaître ses idées et d’animer le débat public afin de mettre la pression sur les dirigeants politiques, estime Olivier Rouquan. En un certain sens, il pourrait prendre le relais d’Emmanuel Macron."

"Le candidat à la présidentielle est davantage un acteur qu'un créateur"

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Son "programme d’intérêt général" sera dévoilé au public fin 2015, et pourra ensuite être modifié selon les débats qu’il aura générés en 2016. "Le candidat à la présidentielle est davantage un acteur qu'un créateur, a toutefois mis en garde Maxime Tandonnet, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, dans un article publié dans le Figaro mercredi. Il gagne sur un slogan plutôt que sur la qualité d'un programme et d'une parole." Selon lui, la candidature de Jacques Attali relèverait d’une "obsession présidentielle qui s’est emparée de la France".

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