Elles sont huit à s’être succédées à l’Elysée en tant que Premières dames sous la Ve République. Dans son dernier livre, Robert Schneider s’intéresse ainsi à l’intimité de ces femmes que rien ne prédestinait à jouer un jour un tel rôle. Interview de l’auteur.

Planet : Comment avez eu envie d’écrire sur ces huit femmes ?Robert Schneider* : "J’ai voulu montrer la réalité de leur vie à l’Elysée. Ces femmes ont vécu dans des palais prestigieux, ont été servies comme des reines, ont côtoyé d’illustres personnalités à travers le monde… et pourtant, elles décrivent toutes l’Elysée comme une prison. En effet, si dans les magazines elles ne tarissent jamais d’éloges sur leur fonction, assurant que c’était un honneur pour elles de représenter la France, en coulisses leur discours est tout autre.  En mars 2012 Carla Bruni-Sarkozy, alors en pleine campagne avec son mari, avait déclaré qu’avoir été Première dame était une ‘expérience merveilleuse’. Quelques mois plus tard, en mai, au moment de la passation de pouvoir entre son mari et le socialiste François Hollande, elle avait confié à la compagne de ce dernier qu’elle n’en pouvait plus. Elle avait même prévenu Valérie Trierweiler que ce serait terrible. Mais la journaliste de Paris Match, du fait de son métier, s’était crue au-dessus de tout ça. Ainsi, lorsque l’affaire du tweet à Olivier Falorni a éclaté, Carla Bruni-Sarkozy a confié qu’elle avait ‘bien ri’.

Planet : Comment avez-vous écrit ce livre ? D’où tenez-vous vos informations ?Robert Schneider : Une seule d’entre elles a bien voulu me rencontrer. C’était pourtant la plus discrète : Anémone Giscard d’Estaing. Aucune des autres n’a répondu à ma demande de rendez-vous. Heureusement, j’ai pu compter sur la collaboration de plusieurs personnes proches d’elles et qui ont voulu rester anonymes. Je les considère comme 'de nouvelles sources' car elles ont toutes côtoyé les femmes dont je parle, mais sont rarement sollicitées à ce sujet.

Planet : En quoi le destin de ces huit femmes est-il 'exceptionnel' ?Robert Schneider: Ce sont toutes des femmes de monarque républicain. Ce qui est déjà quelque chose en soit ! Aucune d’entre elles n’était par ailleurs destinée à devenir un jour Première dame, et certaines ne l’ont même jamais désiré. Je pense notamment à Yvonne de Gaulle qui a tout fait pour que son mari ne se représente pas, à Claude Pompidou qui a toujours dit que les plus belles années de sa vie étaient celles où son mari exerçait encore comme professeur et à Bernadette Chirac qui croyait avoir épousé un futur haut fonctionnaire et non un futur président de la République. Lorsqu’elle et son mari allaient en Corrèze, leur fief, Jacques Chirac lui montrait souvent la préfecture en lui assurant ‘un jour nous serons là’. Bernadette l’a donc très mal pris quand il a préféré viser l’Elysée. Il y a aussi Carla Bruni-Sarkozy. Pour elle, c’était comme un choc. Elle est passée du statut du mannequin et Don Juan féminin à celui de Première dame. Pour le coup, c’était assez extraordinaire !

Planet : Ont-elles toutes appréhendé leur rôle de Première dame de la même manière ?Robert Schneider : Il y a selon moi deux catégories : les 'anciennes' et les 'modernes'. Les premières, qui vont d’Yvonne de Gaulle à Bernadette Chirac, sont toutes issues d’un milieu aristocratique ou de la grande bourgeoisie. Aussi, elles ont été élevées avec des préceptes catholiques et ont été ‘formatée’ pour devenir des femmes de. Pour elles, la condition de Première dame était donc relativement supportable. Pour les secondes cela a en revanche été un peu plus compliqué. Prenez l’exemple de Valérie Trierweiler : à force de revendiquer son indépendance, elle a fini par se brûler les ailes. Ce qui est par ailleurs assez étonnant c’est que Carla Bruni-Sarkozy, qui passait pour la plus délurée d’entre toutes, est sans doute celle qui s’est le mieux fondue dans le moule !

Planet : Vous écrivez qu’elles ont toutes été malheureuses sauf Bernadette Chirac. Pourquoi ?Robert Schneider : Bernadette Chirac a d’abord été très malheureuse pendant le premier septennat de son mari. Jugée trop bourgeoise et trop vieillotte, elle a été écartée au profit de sa fille. Un reportage sur les vacances de la famille Chirac à l’île Maurice et publié dans Paris Match l’avait même complètement occultée. Elle n’était sur aucune photo  alors qu’on voyait tous les autres membres ! 'Je ne suis personne', disait-elle d’ailleurs à cette époque-là. Mais petit à petit, Bernadette est parvenue à reprendre le dessus et à acquérir une certaine légitimité, notamment grâce à son mandat en Corrèze et à l’Opération pièces jaunes. Ainsi, à partir du second mandat de Jacques, elle a commencé à s’épanouir dans son rôle. Et même avant cela, je pense qu’elle a quand même réussi à y trouver son compte car c’est une femme qui aime le pouvoir.

Planet : Ces Premières dames ont-elles eu une influence sur les affaires de l’Etat ?Robert Schneider : Elles en ont forcément eu une, même petite. Par exemple, c’est Yvonne de Gaulle qui a poussé le Général à légaliser la pilule contraceptive en 1967. Ce qui est d’autant plus étonnant quand on sait que c’était une femme très catholique, corsetée par son éducation et que son mari était très opposé à la vente de la pilule. ‘Les Français vont baisouiller dans tous les coins’, avait-il même lâché. Apparemment, ce sont les nombreux courriers envoyés par des femmes et racontant les dangers des avortements clandestins qui auraient faire prendre conscience à Yvonne de Gaulle de la nécessité d’autoriser la vente de ce contraceptif. Et elle aurait ensuite, à son tour, réussi à convaincre son mari. Elle n’y est cependant pas parvenue quand il a voulu se représenter aux élections et qu’elle ne le voulait pas.

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Mais la plus influente de toutes ces premières dames, c’est certainement Cécilia Attias. Pendant 20 ans, elle a soutenu son ex-mari. Et lorsqu’il s’est présenté à la présidentielle de 2007, elle s’est montrée très présente. Lui-même en exprimait le besoin. Elle a ainsi écarté certains conseillers, en a rapproché d’autres, a accompagné Nicolas Sarkozy à de nombreux rendez-vous et déplacements. Elle a réellement tenu un rôle. Et son ex-mari en était ravi. Il avait tellement peur qu’elle parte à nouveau qu’il cédait même à tous ses caprices !"

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*Robert Schneider est l'auteur de Premières dames, aux éditions Perrin

 

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