Y-a-t-il un style de droite et un autre de gauche ? Quelles sont les erreurs à ne pas commettre avec ses vêtements lorsque l'on fait de la politique ? Autant de questions auxquelles Elizabeth Pineau, coauteure du "Vestiaire des politiques" tente de répondre dans son livre. Interview. 

Planet : Soigner son look, c’est indispensable en politique ? Elizabeth Pineau* : "Absolument ! Un politique est une personnalité publique amenée à faire des représentations. Dans ces moments-là, la manière dont il est habillé compte beaucoup. L’adage dit que lorsque l’on rentre dans une pièce, 80% de l’attention des gens qui s’y trouvent se porte sur notre allure et seulement 20% sur ce que nous disons. Autant dire que les politiques ont tout intérêt à soigner leur tenue. Leurs beaux discours ne suffisent pas ! Mais tout n’en n’ont malheureusement pas conscience.

Planet : Certains politiques ont-ils commis de grosses erreurs en matière de style vestimentaire ?Elizabeth Pineau : On peut bien évidement citer le président François Hollande. Il a mis plus d’un an à comprendre que son allure avait de l’importance. Déjà pendant ses meetings de campagne en 2012, j’avais pu noter que les gens s’interrogeaient davantage sur sa coupe de cheveux, son régime et sa taille que sur ce qu’il allait annoncer. Une fois élu, le socialiste a fait l’objet de nombreuses critiques. ‘Il n’a pas revêtu les habits de président’ ou encore ‘c’est un président négligé’, entendait-on alors. A force, François Hollande a accepté de faire un effort. Il s’est donc mis aux costumes sur-mesure et s’est fait aider, par Valérie Trierweiler notamment. Le locataire de l’Elysée a toutefois été clair : pas question d’en faire plus. ‘S’habiller correctement, oui, mais pas luxueusement’, a-t-il d’ailleurs expliqué sur Canal+.

On se souvient également de Jean-François Mattei qui, en pleine canicule de 2003, est apparu à la télévision en polo alors que la situation était grave et nécessitait au moins une chemise, voire un costume. Cette erreur de communication lui a coûté sa place au gouvernement.

Plus récemment, Laurent Fabius qui est d’ordinaire toujours très chic, a voulu rajeunir son style. Il est ainsi venu à l’Université d’été du PS en jeans-polo, ce qui a bien fait rire ses collègues socialistes. Six mois plus tard, l’ancien ministre reprenait son style habituel. Ségolène Royal a elle aussi essayé d’adopter un style plus jeune et plus ‘cool’ en 2008. Lors de la Fête de la fraternité, elle est montée sur scène vêtue d’un jean troué et d’une longue tunique. Un style qui n’était pas le sien et qu’elle a rapidement abandonné ! Aujourd’hui, la numéro 3 du gouvernement s’habille de manière plus approximative mais cela lui correspond davantage. Le plus important est de rester soi-même et ne de pas chercher à se travestir. En politique, cela ne pardonne pas.

Planet : Y a-t-il un style de droite et un autre de gauche ?Elisabeth Pineau : La frontière entre les deux est tenue. Culturellement, la droite est associée à l’argent et aux bonnes manières. Les habits de politiques de ce bord ont donc toujours été plus structurés, tandis qu’au contraire, ceux des politiques de gauche sont plus désordonnés. Lors des Universités, on se rend d’ailleurs compte que les jeunes de droite portent plus facilement une chemise bleue et des mocassins pieds nus tandis que ceux de gauche optent plus souvent pour un sweat. Mais cette différence tend à s’estomper avec le temps. Aujourd’hui le chic n’est ni de droite ni de gauche. ‘Ce n’est pas parce que je suis écologiste que je dois porter des sabots et une veste en polaire’, m’a confié Jean-Vincent Placé qui préfère porter des costumes.

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D’une manière générale, qu’ils soient de droite ou de gauche, les politiques adoptent volontiers le trio chemise-costume-cravate dès lors qu’ils accèdent au pouvoir. Cécile Duflot reste cependant une exception. Souvenez-vous, elle avait choisi de porter un jean lors de la sortie officielle du tout premier Conseil des ministres du gouvernement Ayrault…"

*Elizabeth Pineau est la coauteur du Vestiaire des politiques (éd. Robert Laffont).

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