Oui, la France est judéo-chrétienne

Récemment Nadine Morano a soulevé une tempête dans un verre d'eau.

Même si  le mot "race"n'a plus sa place dans le dictionnaire pour la "famille humaine", je trouverais réducteur de modifier le préambule de notre constitution, notamment le très beau passage : "Le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés". Cette proclamation a fait le tour du monde alors que la polémique sur le mot race se cantonne dans un marigot politico-médiatique.

Et je vais plus loin : j'affirme que la France est encore judéo-chrétienne, et c'est tant mieux. Inutile d'épiloguer sur les évidences historiques. Mais cela ne s'arrête pas à la prise de la Bastille.

Les grands principes laïques sont, par essence, des valeurs judéo-chrétiennes : ils en sont l'émanation épurée d'un cléricalisme sclérosant. Liberté, égalité, fraternité : ce rêve républicain est évidemment d'inspiration chrétienne.

En ce qui concerne les valeurs humaines, pour l'essentiel, Mahomet a repris le substrat judéo-chrétien. Allah lui-même peut être considéré comme un Dieu judéo-chrétien "idéal" : "Le Très Miséricordieux". Qui plus est, les penseurs musulmans occidentaux modernes magnifient (sans l'expliciter ainsi) les aspects judéo-chrétiens du message prophétique musulman. Et c'est bien cette orientation que souhaite l'immense majorité du peuple français.

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L'ancestrale "compassion" bouddhique est une forme accomplie de la "charité" chrétienne. Le "plaidoyer pour l'altruisme" de Matthieu Ricard résonne au cœur de la France profonde.

Oui, la France est judéo-chrétienne : sous réserve, évidemment, de ne pas réduire cet idéal à une appartenance religieuse stricte mais, au contraire, de le prendre dans sa diversité. Même les athées et les agnostiques y ont leur place irremplaçable ; leur efficacité vaut bien celles des "croyants" et leur générosité est désintéressée : ils n'ont même pas besoin de l'espoir céleste pour se motiver. Je gage que le ciel les exaltera, si ciel il y a.

Mais alors, me direz-vous, ma "définition" de l'idéal judéo-chrétien englobe tout le monde. Non. Elle exclue les intégristes de tous poils, à commencer par les partisans de Daech. Et c'est en ce sens que, à tort ou à raison, un Syrien chrétien rassure davantage qu'un Syrien musulman.

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