Où sont la déjudiciarisation et la liberté de décision dans le Grand Débat et les programmes ?

Depuis un peu plus d'une décennie, la médiation est partout dans la société, et, pour le moment, elle n'est nulle part dans les programmes des candidats à l'élection présidentielle. Cette absence dans les discours politiques, ainsi que dans les débats, est un signe fort d'un décalage des prétendants à la représentation du peuple avec l'évolution de la société civile. Pourtant, les acteurs traditionnels de la vie sociale sont des plus nombreux à recourir à la médiation, parce qu'elle constitue un nouveau pilier de l'organisation sociale.

Un manque dans la campagne présidentielle et dans les interviews politiques

Alors que la médiation est partout et que son développement se poursuivra, elle n'est pas plus abordée sous ses aspects communs que sous ses multiples intérêts pour la vie en société. Elle n'est malheureusement pas traitée par les candidats à la présidentielle.

Pourtant, ne pas parler de médiation, c'est comme rester silencieux sur l'éducation, la sécurité publique ou les conditions de travail. Ne pas parler de médiation, c'est rester silencieux sur ce qui anime l'idéal social. Ne pas parler de médiation, c'est rester muet sur le rôle même des élus et représentants des citoyens.

L'exercice du "droit à la médiation" est une mesure protectrice de la liberté de décision. Rendre la médiation obligatoire consiste à étendre l'exercice de la liberté. Il s'agit de faire reconnaître un nouveau droit, un droit inaliénable. Il s'agit de mettre un terme à l'héritage de la féodalité inducteur d'une "servitude volontaire", et de poursuivre l'œuvre révolutionnaire des Lumières en donnant à la Société le devoir d'apporter à chacun les moyens de toujours mieux vivre sa propre liberté.

Une instrumentation avec des perspectives dans l'ensemble de la société

La qualité de vie en société réside dans la manière de promouvoir le "bien vivre ensemble". La médiation permet d'intervenir d'une nouvelle manière sur les relations, comme instrumentation d'accompagnement des projets et de régulation des heurts. Cet aspect est fondateur de la vie sociale, c'est l'essence même de la politique, c'est pourquoi la médiation professionnelle est indissociable d'une politique de progrès. Elle s'inscrit dans une perspective de la promotion de l'aide à la décision personnelle. Elle s'inscrit dans la transformation des rapports d'autorité et contribue à l'évolution des modes de management. Elle participe au développement de la qualité relationnelle et des engagements dans la responsabilité sociétale des organisations. Elle est un moyen pour contenir les dérives  technocratiques et politiques qui ne parviennent pas à se discipliner.

Le système judiciaire, une alternative à la médiation ?

Version américaine - La version américaine de la médiation est une alternative à la justice institutionnelle. Elle repose sur des principes d'une justice privée. Ses intérêts sont de faire des économies structurelles, de gestion et de temps de procédures. Dans cette pratique, cette forme de médiation, qui s'appuie sur la morale, le droit et la négociation, similaires à ce que l'on connaît de la conciliation, n'apporte rien de nouveau au sein de la société. La prétendue modernisation ne consiste que dans la privatisation d'un système judiciaire dont les coûts, portés par la fiscalité, ont été décrétés trop élevés par les gestionnaires des budgets publics.

Version française - Ainsi, une conception spécifique de la médiation a été parallèlement élaborée. Cette innovation a été créée sur le modèle rationnel. Depuis 1999, elle s'est développée en Europe et en Afrique, dans les pays francophones : la médiation professionnelle. Elle est une émergence culturelle, une technologie relationnelle.

Développée dans le pays de la déclaration universelle des Droits de l'Homme, cette médiation est une instrumentation qui dépasse un point de vue gestionnaire. Elle consiste dans une approche scientifique de la conduite des projets relationnels. Elle répond à la proclamation du droit de tous à la liberté, puisqu'elle en étend l'exercice par-delà les limites habituellement édictées par les professionnels de la "gestion des conflits". En cela, elle est en rupture avec l'entretien du modèle de mise sous tutelle des libertés, dans lequel le juridisme cantonne le pacte social. Elle rompt avec le fatalisme de l'adversité pour promouvoir le sens commun de l'altérité. Elle satisfait  le besoin de la société civile pour ce qui est de s'élever aux niveaux des exigences de progrès. Elle promeut l'adhésion par l'implication, la contribution, l'instruction et l'éducation, au projet de la vie en société.

C'est donc moins la "médiation professionnelle" qui doit être considérée comme une alternative au judiciaire, que le judiciaire qui doit être vu comme moyen extrême auquel on a regrettablement recours, dans le cas où la liberté de décision a épuisé tous ses moyens.

Alors, quel candidat saura s'affirmer non comme une autorité suprême, ou l'exécutant d'une politique d'intérêts communautaires, mais plutôt comme un médiateur des aspirations de tous ? C'est le sens de l'évolution de notre société, c'est celui d'une transmission et d'un héritage possible.