Pour se relancer sur la scène politique, le président des Républicains a publié un livre-confession et s’est même comparé à Jean Racine. Dans l'espoir de faire taire les mauvaises langues qui le disent inculte ?

Comme de nombreux hommes politiques pour marquer une rupture dans leur carrière, Nicolas Sarkozy a publié un livre, La France pour la vie, sorti le 25 janvier. Et alors qu’il était en séance de dédicace à Strasbourg le lendemain, le président des Républicains a tenu à signaler qu’il faisait peu cas des critiques littéraires. "Jean Racine a été très perturbé par les critiques quand il a sorti Phèdre. Les critiques sont oubliées, Racine non. Sans doute ai-je trop tenu compte des commentaires", a déclaré Nicolas Sarkozy.

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Ce parallèle peut passer pour vaniteux mais traduit surtout la constante envie de Nicolas Sarkozy d’apparaître légitime dans un pays qui considère la littérature, et plus généralement la culture, comme un trésor national que tout chef de l’Etat doit honorer.

Jacques Chirac, le dernier président cultivé ?

Des Mémoires de Charles de Gaulle aux arts premiers de Jacques Chirac, en passant par le président-poète Georges Pompidou, le sagace "VGE" ou l’érudit François Mitterrand, tous les présidents ont été des hommes politiques cultivés et lettrés (à l’exception de Chirac). Et quasiment tous ont gravé dans la pierre leur amour de la culture, du musée d’Orsay impulsé par VGE à celui de Jacques-Chirac en passant par les pyramides du Louvre de François Mitterrand. Mais dans ce tableau, Nicolas Sarkozy et maintenant François Hollande font figure d’exception. Le deux passent pour être peu admiratifs des questions culturelles et faire peu de cas de la littérature. Une critique qui a surtout été faite au premier lorsqu’il était à l’Elysée, cependant que son style "bling-bling" donnait une image peu sérieuse de la fonction présidentielle.

Le président Nicolas Sarkozy et les grands auteurs

L’ancien chef de l’Etat a sans doute compris l’importance de la culture pour un homme d’Etat lorsqu’a éclaté la polémique sur La Princesse de Clèves, du nom du roman de Mme de Lafayette publié en 1678. Devant un auditoire le 23 février 2006, alors qu’il était candidat à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy avait ironisé sur la présence de l’œuvre au programme de l’oral du concours d’attaché d’administration. Une sortie qui avait beaucoup fait réagir à l’époque et qui achevé de donner à Nicolas Sarkozy l’image d’un homme politique peu sensible aux grandes œuvres littéraires.

Depuis cet épisode, l’actuel président des Républicains essaie tant bien que mal de prouver qu’il n’est pas l’ennemi des grands auteurs. Durant sa présidence, il a ainsi été photographié de nombreuses fois arrivant à des réunions importantes avec un chef d'oeuvre littéraire sous le coude, au milieu de ses dossiers. En avril 2012 au Figaro, il déclarait que sa première émotion artistique avait été la lecture de Michel Strogoff de Jules Verne et que Claude Lévi-Strauss avait été le penseur qui l’avait influencé. Dans la même veine, Nicolas Sarkozy avait accordé en juillet 2014 une interview-fleuve à l’académicien Jean-Marie Rouart avec lequel il dissertait sur les œuvres de Tolstoï, Maupassant, Balzac, etc., avec, il est vrai, une profondeur d’esprit sur chaque thème abordé qui démontre une connaissance certaine des grands classiques de la littérature.

En octobre 2011, Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à clamer son amour de la culture lors d’une visite en Haute-Marne. "La culture, c’est comme le bonheur, ça se partage", avait-il expliqué, ajoutant même que "la vie tout court n’a de sens que si la culture en est le fondement." Pour rappeler cet amour de la culture, Nicolas Sarkozy est même sorti de ses gonds en avril 2015, se disant sur Twitter "consterné par le manque de considération pour la création artistique et le monde de la culture" du gouvernement. Ce qui avait provoqué la colère de Fleur Pellerin, alors ministre de la Culture, qui avait rétorqué que le mandat de Nicolas Sarkozy s’était soldé "par un héritage désastreux, fait de chantiers pharaoniques mal maîtrisés et non financés, un audiovisuel public à la dérive, un régime des intermittents fragilisé, une absence totale d'initiative pour assurer la survie du système de financement de la création à l'ère numérique et l'échec face au piratage."

Quand il récitait des vers de Boileau et égrenait les romanciers du XIXe

Ce tropisme pour la littérature n’est pas apparu au cours des années 2000. En 1990, dans l’émission de Catherine Ceylac, "Sucrée salée", sur Antenne 2, Nicolas Sarkozy avait révélé qu’il écrivait lui-même ses discours, ce qui avait beaucoup impressionné son auditoire féminin. Et d’ajouter en guise d’explication : "Moi j’en suis resté à Boileau : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement / Et les mots pour le dire viennent [le verbe original est "arrivent"] aisément »".

En novembre 2014, Nicolas Sarkozy récidive quand il est invité à un meeting à Caen (Normandie). Profitant d’être en terre normande, celui qui deviendra président des Républicains le mois suivant égraine, sans note, les écrivains de la région : "Nous sommes le pays de Maupassant, vous êtes la région de cette école extraordinaire de romanciers du XIX, les Flaubert, les Maupassant (…) Barbey d’Aurevilly."

Mais n’allez pas croire que Nicolas Sarkozy fait en tout temps étalage de ses connaissances. Le 6 mars 2012, à l’approche de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy avait eu un échange avec Laurent Fabius sur le plateau de Des paroles et des actes sur France 2. Alors qu’il accusait l’ancien Premier ministre d’être un "Tartuffe", celui-ci lui avait répondu en citant la "lettre sur la comédie de l’imposteur". Piqué au vif, Nicolas Sarkozy avait terminé le débat par un : "Ne soyons pas cuistre, je l’ai lue comme vous. Il n’y a pas besoin de faire l’ENA pour lire Molière."

François Mitterrand : "Nicolas Sarkozy n'est pas l'inculte que l'on dit"

Parmi les amoureux de la culture qui ont côtoyé l'ancien président, celui-ci n'a certes pas l'éclectisme d'un François Mitterrand, mais ne demande qu'à apprendre. Ainsi du metteur en scène Olivier Py, ouvertement de gauche, qui déclarait, dans le livre Main basse sur la culture sorti en septembre 2014, que Nicolas Sarkozy, qu'il a rencontré lors de plusieurs déjeuners, "était capable d'avouer son incompétence dans certains domaines, ce qui est une force de la part d'un politique." De son côté, l'acteur Pierre Jolivet confiait dans le même livre, après avoir rencontré Nicolas Sarkozy, qu'"on sentait en tout cas qu'il y avait une place chez lui pour la culture." Quant à l'ancienne administratrice de la Comédie-Française, Murielle Mayette-Holtz, elle ne disait pas mieux : "J'ai déjeuné plusieurs fois avec lui, pour parler de comment va la culture et de ce qu'on pourrait faire. Il me semblait réceptif, c'est-à-dire très conscient qu'il n'y connaissait pas grand-chose mais que c'était important." "Il ne faut pas être injuste avec Nicolas Sarkozy, qui n'est pas l'inculte que l'on dit", avait abondé dans son sens Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture entre 2009 et 2012.

Pour Catherine Pégard, ancienne conseillère culturelle de Nicolas Sarkozy à l’Elysée désormais en charge du château de Versailles, "cette relation à la culture que la France aime tellement voir dans ses dirigeants, Nicolas Sarkozy, pour avoir été beaucoup brocardé, ne l’affiche pas. Il voudrait que l’on considère ses actes – le maintien des crédits pour la culture, les premiers résultats positifs de la loi Hadopi… – plutôt que ses choix personnels", déclarait-elle au JDD en octobre 2010. 

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Mais si Nicolas Sarkozy laisse derrière lui l’image d’un président peu enclin à aimer la culture, c’est notamment à cause de ses fautes manifestes de français à l’oral et son langage peu châtié. Etait-ce volontaire ? Certains ont avancé une tactique de la part du président – à l’instar de Jacques Chirac qui passait faussement pour ignare – afin de parler le langage du peuple et se rapprocher ainsi de lui. Aujourd’hui, pour se rapprocher des Français, le langage "populaire" a laissé place à un livre. Mais, à l’instar de beaucoup d’hommes politiques qui en publient un, l’a-t-il seulement écrit ?

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