Martinez-Hollande : l'issue fatale

Oui, l'issue du combat est connue et irrévocable. L'arbitre sifflera la fin du match en juillet, lors du vote à l'Assemblée, juste avant les vacances.

Que peut faire François Hollande ? Rien, ou presque. Revoir le fameux article 2 comme le suggèrent Anne Hidalgo et beaucoup d'autres ? Pour ceux-ci, c'est plus un parapluie, voire un paratonnerre, qu'un véritable conseil. Il est peu probable que François Hollande s'engage dans un défilé aussi semé d'embûches. Il ne peut pas non plus utiliser la manière forte.

Et Philippe Martinez ? On l'a déjà dit, appeler à la cessation de la grève serait un suicide individuel et collectif. Il a affirmé  qu'un blocage des supporters ne serait pas "la meilleure image qu'on puisse donner de la CGT". Manuel Valls a voulu y voir un signe d'apaisement. Quelle erreur ! Bien au contraire, c'est le conseil d'un fin psychologue. Faites la grève, mais n'aller pas jusqu'à bloquer complètement les supporters.

Certes, les grèves des transports compliquent la vie de tout le monde, y compris celle des supporters. Mais, tant que ceux-ci arrivent à accéder au stade ou à la "fan zone", un peu d'exercice ne peut que renforcer le plaisir final. Il n'y a pas de véritable bonheur sans un minimum d'effort : seule la privation du nirvana saurait "donner une mauvaise image".

Il en va de même pour le ramassage des poubelles. Il est bon pour la CGT que chacun sente son pouvoir. Tant que les détritus n'entrent pas dans les lieux de culte, cet étalage rassure les étrangers : l'équipe d'un tel pays ne peut pas gagner. Et chacun repartira avec des photos convaincantes sur le nouveau visage de la France. Il faut d'ailleurs avouer que ce foisonnement est très tendance : c'est bien dans les caves ou, encore mieux, dans les locaux pour poubelles, que les futures victimes sont entraînées. Et les supporters, quels que soient leurs fantasmes intimes, viennent pour gagner, pas pour être soumis.

Comment ne pas faire le rapprochement avec La Vénus à la fourrure que la télévision nous a permis de revoir tout récemment. Le spectateur y suit un fil d'Ariane SM, sans nuances, mais prégnant et "cinéphilement" correct, ou génial, selon l'humeur. Le metteur en scène, tel François Hollande, se laisse prendre, non sans plaisir, à ses propres pièges.

Cela veut-il dire que François Hollande a perdu toutes ses chances pour 2017 ? Je ne le crois pas. Il veille soigneusement à préserver son capital auprès de la gauche modérée et, à ce jour, personne ne peut le lui ravir. Mais il y a plus : dans le secret de l'isoloir, une partie de la gauche de la gauche préférera un manoeuvrier trop prudent à un Mélenchon qui n'a absolument aucune chance de prendre réellement le pouvoir.

Faut-il aussi le redire, le vote se basera sur les rejets. Marine Le Pen va-t-elle rester engluée dans des propositions archaïques et irréalistes, alors que ses concurrents lui offrent un boulevard de réformes intelligemment populistes ?

La droite classique n'est pas plus rassurante : suppression de l'ISF et des trente-cinq heures, retraite à soixante-cinq ans, mise sous tutelle des enseignants. Il se pourrait même, funeste présage, que Nicolas Sarkozy gagne la primaire, ce qui provoquerait la candidature de François Bayrou, et donc une dispersion des voix. Certes, Sarkozy fut un chef d'état calamiteux et tout porte à croire qu'un second mandat serait encore pire que le premier. Mais, quoique dans un registre diamétralement opposé, Sarkozy est comme Hollande : c'est un chef de parti terriblement efficace.  

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