Marine Le Pen est-elle dangereuse ?

Il faut arrêter de prendre les Français pour des imbéciles : pour 2017, Marine Le Pen ne peut pas être dangereuse, au contraire. C'est une évidence, mais il faut bien dénoncer cet alibi absurde que Manuel Valls brandit pour justifier son manque de loyauté.

Précisons d'abord le jeu d'hypothèses. On suppose que le deuxième tour est un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen (sinon, elle n'a aucune chance de gagner). On suppose, de plus, qu'une grande partie de la droite classique et une partie de la vraie gauche se reportent sur Marine Le Pen, par conviction, par colère, par soif d'alternance ou par simple lucidité : on ne sait absolument pas où Emmanuel Macron veut emmener la France alors qu'il n'y a, en 2017, aucun risque avec Marine Le Pen.

Ce "plan B" est, aujourd'hui, assez peu probable. Il est toutefois suffisamment "redouté" pour qu'il soit intéressant d'en analyser les conséquences. En 2017, Marine Le Pen ne peut pas avoir de majorité au Parlement. Les cohabitations passées nous ont montré que, dans ce cas de figure, c'est le premier ministre qui a le véritable pouvoir. Compte tenu des hypothèses précitées, ce chef du gouvernement aura le soutien de la droite classique. On comprend que cela déplaise à la gauche, mais ce n'est tout de même pas "le feu au lac".

Ajoutons à cela que, sur le plan individuel, Marine Le Pen a montré une solidité étonnante. Elle a su marginaliser Jean-Marie Le Pen, elle arrive à recentrer son parti sans qu'il se décompose, elle fait preuve d'une maestria stupéfiante face à des journalistes d'une mauvaise foi scandaleuse. C'est d'ailleurs peut-être ce talent qui inquiète les médias et les incite à supprimer le débat du 20 avril, de peur que Marine Le Pen n'y soit trop remarquable.   

Dans ce qui précède, je n'énonce que des vérités de La Palisse. On peut aller plus loin et rêver un peu. Là encore, je me base sur les hypothèses précitées ; on peut alors espérer une décomposition du FN : avant les législatives, l'essentiel des partisans de Marine rejoindrait la droite classique et une petite partie de l'ancien FN retournerait à ses vieilles lunes. On aurait un gouvernement de droite, mais axé sur la sécurité, la préférence nationale, un véritable contrôle de l'immigration, le refus des travailleurs "détachés", la défense des petits commerces … Aucune de ces options n'effarouche l'électeur de base de la droite, et encore moins une grande partie des peuples de l'Europe.  

Il va de soi que cette analyse ne vaudra plus en 2022 : si Emmanuel Macron conduit la France vers l'abîme, Marine restera le seul recours et prendra le pouvoir absolu. François Fillon commettrait donc une grave erreur s'il incitait à voter Emmanuel Macron au deuxième tour au cas où lui-même n'y serait pas : mais la lucidité n'est pas la première qualité de François Fillon.

Une dernière remarque : est-ce que François Fillon peut accéder au deuxième tour ? Je pense que oui. J'insiste pour dire qu'il ne s'agit pas d'un souhait mais d'une simple analyse des forces en présence.

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