En mars dernier lors d’une séance à l’Assemblée, le Premier ministre a été pris de forts tremblements à la main gauche. Rapidement, l’opposition, et notamment l’extrême droite, l’a attaqué sur sa "nervosité" et son état "anormal". Fallait-il réellement s’inquiéter ? Manuel Valls avait-il vraiment "perdu le contrôle" ? Eléments de réponse avec Stephen Bunard, coach et synergologue.

Planet.fr : Que pensez-vous des tremblements dont Manuel Valls a été victime à l’Assemblée ?

Stephen Bunard*: "Ils sont très impressionnants. Mais de mon point de vue, et en dehors de toute considération médicale, les tremblements de Manuel Valls ne reflètent pas une violence contenue ni dangereuse. En effet, la main qui tremble est la main gauche, celle de la spontanéité et de l’émotion. C’est d’ailleurs, sa main droite, celle qui explique et qui argumente, qui tente de contenir les tremblements. Aussi, je pense qu’à ce moment-là, le Premier ministre est plus dans l’émotion que dans l’agressivité.

Plusieurs signes avant-coureurs sont d’ailleurs visibles sur la vidéo mise en ligne par France 3. Alors que Marion Maréchal-Le Pen parle, on le voit arborer un rictus au coin de la bouche. C’est effectivement un signe d’agacement et le reflet de son côté sanguin. Mais quelques instants plus tard, Manuel Valls lève les yeux au ciel. Ce mouvement traduit inconsciemment une volonté de reprendre le contrôle de ses émotions, de reprendre le dessus. Contrairement aux idées reçues qui voudraient y voir que détachement ou mépris. Et puis au final, le Premier ministre craque : sa main gauche est prise de tremblements, les émotions le submergent. Il est bien évidemment en colère et cela se voit- il est rouge, un peu bouffi – mais il n’est pas agressif. Je dirais plutôt qu’il est intimement affecté par les propos de la députée FN.

Planet.fr : Qu’est-ce qui l’a affecté ?

Stephen Bunard : C’est assez difficile à dire. Je constate toutefois qu’il a marqué un temps d’arrêt quand Marion Maréchal-Le Pen a évoqué son ‘mépris crétin’. A ce moment-là, le Premier ministre ne cligne plus des yeux, il n’enregistre plus les informations. Sans doute a-t-il été surpris, heurté par ce vocabulaire. Tout s’est ensuite accéléré lorsqu’elle a parlé de Jean-Christophe Cambadélis et d’une ‘erreur de diplôme’. J’ignore ce que cela a éveillé chez Manuel Valls mais je remarque qu’aussitôt après que ces mots ont résonné dans l’Hémicycle, ses gestes sont devenus élevés, traduisant ainsi l’intensité de son agacement, que son visage a changé de couleur et que sa main s’est mise à trembler.

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Planet.fr : Que notez-vous d’autre dans l’attitude de Manuel Valls ?

Stephen Bunard : Je remarque que sa bouche est inversée même quand il sourit. Chez Manuel Valls c’est quelque chose qui lui est propre et figé dans sa morphologie, et cela révèle une personnalité éprise de principes, ferme, voire rigide dans ses convictions.

Je constate également que sa paupière droite est plus basse que la gauche. C’est un signe d’épuisement professionnel. En période de stress, ce qui se passe dans la tête se traduit même dans les plus petits muscles. Là, ce relâchement au niveau de l’œil droit révèle une fatigue liée au bureau, aux dossiers qui y sont traités. Un relâchement au niveau de la paupière gauche aurait quant à lui révélé une fatigue émotionnelle au long cours, une sorte de grosse claque intime. La paupière droite tombant, je l’ai observée chez Manuel Valls dès 2013 au moment de l’affaire Leonard conjuguée aux soucis de violence à Marseille.

Concernant l’épuisement professionnel de Manuel Valls, certains amis diront que c’est le signe de son engagement professionnel tandis que d’autres, au contraire, détracteurs, diront que le Premier ministre frôle le burn-out… Chacun en fera son interprétation. Ces éléments posés nous permettraient d’aller plus loin dans le questionnement dans le cadre d’un coaching. Mais c’est une autre histoire".

*Stephen Bunard est l’auteur de Leurs gestes disent tout haut ce qu'ils pensent tout bas (Editions First, 2014)