Sur le plateau de BFM TV lundi 22 septembre, Marine Le Pen a salué les "débuts remarquables" des maires FN. Six mois après les municipales, Planet.fr fait le tour des villes frontistes pour vérifier ce constat. Cette semaine : Hénin-Beaumont.

C’est le candidat FN qui a fait la plus forte impression en mars dernier. En remportant la municipalité d’Hénin-Beaumont dès le premier tour, Steeve Briois a frappé les esprits fort de son score affichant 50.26%. Homme de terrain besogneux, le quadragénaire a bataillé ferme pour s’imposer dans cette ville du Pas-de-Calais, minée par la crise économique.

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Mais, dès le début de son mandait, les polémiques n’ont pas manqué à l’image du sort qu’il a réservé à la Ligue des Droits de l’Homme dont il a confisqué le local. Alors, six mois après son élection, quel est le bilan de celui que Marine Le Pen qualifie de "pugnace" ?

Le couac de la Ligue des droits de l’Homme

À peine un mois après son élection, Steeve Briois se trouve sous le feu des critiques. En cause, sa décision de priver la Ligue des Droits de l’Homme de son local de 20m2 jusque-là mis à disposition par la commune. La raison de cette décision ? Il s’agit "d’une association politisée" soutient l’édile qui a donc estimé que le prêt de ce local était de fait devenu "injustifié".

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Comme on a pu l’observer à Hayange, les décisions symboliques ont les faveurs du maire frontiste. "Dans la mesure où il n’a pas las moyens de sa politique, d’appliquer son programme, il est obligé de montrer qu’il y a une rupture avec des symboles" note Octave Nitkowski, auteur et habitant d’Hénin-Beaumont, contacté par Planet.fr.

"Par exemple, l’arrêt anti-mendicité ne figurait pas sur son programme" note le jeune blogueur. Et pour cause, s’il s’agissait d’une mesure longuement réfléchie, peut-être n’aurait-elle pas été retoquée par le tribunal administratif de Lille.

Parmi les décisions symboliques prises par Steeve Briois, l’installation du buste de Jean Jaurès dans son bureau ou encore le retrait des drapeaux européens du fronton de la mairie (et ce malgré le fait qu'il soit désormais député européen).

La baisse de la taxe d’habitation contre l’avis de la Cour des comptes

Parmi ses promesses de campagne, il y avait la baisse des impôts locaux. Un mois après son élection, Steeve Briois fait voter une baisse de 10% de la taxe d’habitation avec effet immédiat. Une mesure qui profitera à un foyer sur deux et qui va coûter 517.000 euros à la municipalité. Problème, la commune est très fortement endettée (plus de 30 millions d’euros de dette).

Comme le notait Le Scan du Figaro, cette décision est en contradiction avec l’avis de la Cour des comptes qui a rendu un rapport en 2013 sur l’endettement de la ville. Mais l’élu ne panique pas."Nous trouverons l'argent ailleurs, nous irons chercher des subventions" disait-il alors (alors que ni la région ni l'agglo ne semblent disposées à aider la mairie frontiste). De son côté, l’opposition raille contre ce "grand tour de magie" alors que la ville est endettée à hauteur de 1400 euros par habitant. Il est encore trop tôt pour mesurer quel sera l’impact économique de cette décision.

"Là où c’est fort niveau com'" nous indique Octave Nitkowski, "c’est que ce plan de baisse avait été préparé par l’ancienne majorité. Il a donc réussi à se l’approprier alors que le budget pour l’exercice 2014 a été calculé avant son élection" précise-t-il.

La bataille des commémorations

Le 23 septembre, David Noël, élu communiste de la ville, a reçu un drôle de courrier de la part de la mairie. Dans cette missive, l’adjoint délégué à la vie culturelle l’informe qu’il ne sera "dorénavant, plus invité officiellement aux cérémonies officielles". David Noël a reconnu qu’il n’avait pas participé à toutes les cérémonies organisées par la maire frontiste.

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Contacté par Le Lab, il raconte : "Lors du 70ème anniversaire de la libération de la ville, début septembre, on a fait notre propre cérémonie. On ne se voyait pas célébrer ça avec les héritiers des forces politiques qui ont collaboré avec les nazis". Du côté de la mairie, on justifie ce choix en expliquant que l’élu communiste "s’est sorti lui-même du protocole". Cette andecdote montre comment les symboles sont devenus importants pour la mairie.

La vitrine du Front National

Le Front National veut faire d'Hénin-Beaumont une ville témoin, "une vitrine" comme nous l'indique Octave Nitkowski. "Ça fait longtemps que le FN se prépare à l'acquisition de la ville, et donc tout a été pensé pour que rien ne dépasse, pour empêcher les scandales car c'est dans un processus de maillage territorial que le parti de Marine Le Pen entend développer son influence" explique le jeune auteur.

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À l'inverse d'Hayange, du Pontet ou de Béziers, Hénin-Beaumont soigne la réputation d'une mairie qui agit dans le sens du local et qui ne prend pas des arrêts farfelus motivés par des seules préoccupations idéologiques. En revanche, la difficulté financière dans laquelle se trouve la mairie de Steeve Briois l'empêche de faire autre chose que du "symbolique". Reste à déterminer si le pansement des symboles suffira à calmer l'hémorragie des deficits.

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L'avocat Gilbert Collard

Le Front National a actuellement la cote auprès des Français, et même des personnalités. Connues depuis longtemps ou récemment révélées, ces affinités sont parfois affichées et revendiquées par ces dernières. Si pour le moment Gilbert Collard se "contente" d’adhérer au Rassemblement bleu Marine, Jean-Marie Le Pen aurait bon espoir de le voir un jour ...

Le cinéaste Jean-Luc Godard

 Dans une interview accordée au Monde mercredi, le cinéaste Jean-Luc Godard a clairement évoqué que son cœur penche pour le parti de Marine Le Pen. "J'espérais que le Front national arriverait en tête. Je trouve que Hollande devrait nommer Marine Le Pen Premier ministre", a-t-il ainsi déclaré. Une position que l’artiste n’a cependant pas traduit ...

L’acteur Alain Delon

Alors que le FN ne fait pas l'unanimité, Alain Delon est un fervent soutien du parti frontiste. L'acteur n’hésite pas à s’écharper avec son fils, lequel ne partage pas les mêmes idées que lui.

L’humoriste Jean Roucas

Alors qu’il critiquait ardemment Jean-Marie Le Pen via ses marionnettes, il a finalement décidé de rejoindre le parti de son ancienne cible. "Je voterai Marine Le Pen en 2017", a-t-il affirmé lors de la dernière université d'été du FN.

L’ancienne actrice Brigitte Bardot

En 2012, Brigitte Bardot a confié au Parisien que son vote irait à Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle. La présidente du Front National est selon une "femme admirable" qui "a dédiabolisé" le FN, et même "la seule" à s'être "occupée de dénoncer le scandale de la viande halal".

Jean-François Belmondo

Le neveu de l’acteur Jean-Paul Belmondo s’est récemment présenté comme candidat du Front National aux prochaines élections municipales de Paris.

L’humoriste Dieudonné

Souvent décrié pour ses sketchs antisémites, Dieudonné a choisi Jean-Marie Le Pen pour être le parrain de sa troisième fille en 2008. "J'ai de l'estime pour Dieudonné. Nous nous sommes rapprochés car nous avons des points communs", avait alors commenté l’ancien président du Front National.

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