Macron et l'Europe

Emmanuel Macron affirme sa détermination pour faire bouger l'Europe. Qu'en est-il vraiment ? La position de base a le mérite d'être claire et parfaitement cohérente avec le programme du candidat Macron. Emmanuel Macron est pour l'Europe telle qu'elle est ; il veut renforcer ses pouvoirs dans plusieurs domaines ; il souhaite la faire évoluer.

Selon moi, renforcer les pouvoirs de la Commission européenne dans le domaine militaire ne me semble pas une bonne idée ; c'est diminuer la marge de manœuvre de la France ; or, s'il y a un domaine où il faut réagir vite et bien, c'est en cas de conflit ; la Commission européenne n'aurait sûrement pas décidé l'opération Barkhane. Par ailleurs, les autres pays européens seraient ravis de bénéficier, pour leurs propres industries, de l'avance technologique française en matière d'armement. Monsieur Macron est-il un ardent défenseur de l'emploi en France ou, préférentiellement, des profits des multinationales ?

De plus, dans le domaine de l'emploi, justement, chaque pays européen juge en fonction de ses propres intérêts, ce qui n'est pas vraiment scandaleux. Comment voulez-vous que les pays "fournisseurs" de "travailleurs détachés" soient sensibles aux réticences de la France. De même, les pays qui croient utiles de se vendre aux "investisseurs" étrangers ne peuvent pas soutenir les modestes demandes de transparence proposées par Emmanuel Macron. En clair, les "propositions" de monsieur Macron dans ces domaines relèvent strictement de la communication destinée à la France.

Ceci pose la véritable question de fond : dans les domaines où il est absolument impossible d'espérer le soutien de l'Europe telle qu'elle est, faut-il imposer unilatéralement des aménagements indispensables pour notre survie. Cette question cruciale traverse tous les partis, sauf En Marche et le le FN qui ont tranché, mais dans des directions opposées. En disant cela, je ne soutiens pas madame Le Pen : je formule simplement une évidence.

Attention à bien se comprendre : il ne s'agit pas d'imposer un Frexit ; il s'agit d'obliger la Commission européenne à se déterminer au coup par coup. On a déjà dit que, sauf initiative dramatique, la France risque assez peu d'être sanctionnée car, sans la France, il n'y a plus d'Europe. Le Brexit a été un coup de poker politicien débile perdu par son auteur et ne saurait servir de référence. Redisons aussi que sortir de l'Europe ne veut pas dire sortir de l'euro.

Certes, il y a des domaines où l'Europe pourrait être utile : la lutte contre le terrorisme, un peu de protectionnisme européen, la mise en place de grands projets industriels ou scientifiques. L'expérience actuelle montre que, dans ces domaines, la Commission européenne est plus un frein qu'un accélérateur. Les accords entre pays, de plus en plus interdits par Bruxelles, sont beaucoup plus efficaces que les projets européens qui exigent des tractations, longues, lourdes, complexes, coûteuses et ouvertes aux lobbies et aux oreilles de la concurrence.